Les paupières rouges et enflammées s'ouvrent avec beaucoup de difficulté; une douleur insupportable du bulbe de l'œil correspond dans l'intérieur de la tête; les petits vaisseaux de la conjonctive sont tellement engorgés de sang, qu'ils forment une pellicule membraneuse qui entoure l'œil. La vue est obscurcie, couverte de nuages, quelquefois éteinte; on ne peut supporter la lumière; une excrétion purulente remplace les larmes; et les malades se plaignent souvent de sentir de petites pierres qui picotent leurs yeux, et un morceau de drap qui les recouvre.

SECONDE ESPÈCE.
Inflammation des tarses.

Gonflement des paupières supérieures, elles pâlissent et se relâchent; difficulté de les ouvrir; la lumière produit une sensation désagréable; le tarse est douloureux et enflammé; larmoiement.

TROISIÈME ESPÈCE.
Inflammation de la conjonctive.

La lumière est insupportable; la conjonctive est enflammée; douleur poignante; la vue trouble, épanchement de larmes.

Traitement de l'Ophtalmie.

J'ai commencé le traitement des trois espèces d'ophtalmie en purgeant indistinctement les malades avec une once de sulfate de magnésie; et j'ai ensuite continué d'administrer les remèdes propres à remplir les indications.

L'ophtalmie sthénique demande l'attention d'un médecin habile et observateur, parce que la guérison dépend de l'activité des premiers remèdes. Dans ce cas, un vésicatoire à la nuque, et une saignée locale à la temporale ou à la jugulaire, sont très utiles, et il ne faut pas les négliger: une heure après la saignée, on aperçoit un changement remarquable dans la maladie; le spasme et la douleur grave de la tête diminuent le lendemain, ou cessent de tourmenter. Quelquefois cet effet n'est pas si subit, et la maladie continue accompagnée d'une petite agitation fébrile: pour venir à bout de l'arrêter, il faut la saignée et les purgatifs. On prescrit un régime modéré; pour boisson, une décoction d'orge avec le tartrite acidulé de potasse, et un collyre résolutif et calmant, fait avec l'opium dissous dans l'esprit de vin, et une décoction de safran. Il faut continuer ce traitement jusqu'à ce que l'enflure diminue, et que les paupières viennent à se renverser avec une certaine augmentation de volume; phénomène constant, dû à l'affaiblissement et au relâchement des vaisseaux. Quand ce changement est survenu, on ordonne un collyre savonneux, qui consiste dans une dissolution de savon dans l'esprit de vin, dont l'usage rend aux paupières leur position naturelle, et elles se rouvrent librement, de manière à ce que l'on voit facilement la cornée transparente, légèrement rongée ou tachetée: dans le premier de ces deux cas, on emploie avec succès l'eau fraîche et le vinaigre, et dans le second un collyre sec, composé avec le sucre candi, le sulfate d'alumine, et le nitrate de potasse; ce qui détruit les taches en peu de jours. En prenant les topiques et les remèdes internes désignés ci-dessus, on obtient facilement la guérison dans l'espace d'un ou deux mois; si on vient à outrepasser ce terme, il faut désespérer de recouvrer l'usage des parties affectées.

Pour ce qui est relatif au traitement de la seconde espèce d'ophtalmie, j'ai employé un seul collyre tonique, ou une dissolution de sulfate de zinc dans l'eau mêlée avec du vinaigre et de l'eau-de-vie: ce remède a été très utile, et a guéri radicalement en vingt jours ou un mois.

Un autre collyre, fait avec le muriate de soude dissous dans l'eau mêlée au vinaigre, a servi à guérir la troisième espèce d'inflammation ophtalmique, qui est la plus simple, mais tenace comme la précédente. J'ai vu guérir cette indisposition sur les côtes de l'Italie avec de simples bains d'eau de mer.