Rosette, d'une forme demi-ovalaire, a à-peu-près une lieue de longueur sur un quart de largeur; les maisons y sont d'une forme élégante, construites assez solidement, et terminées par des terrasses: les rues ne sont point régulièrement alignées, et la plupart sont étroites; mais le quai qui borne le Nil est très beau, la vue en est extrêmement agréable. Il y règne de la fraîcheur et un grand mouvement qui produit beaucoup de diversion.

Au nord de la ville on trouve une place assez belle et très spacieuse; c'est là qu'est établi l'hôpital militaire, propre à recevoir commodément trois cents malades.

La ville est entourée de jardins, surtout au nord et au sud. La plupart de ces jardins sont hérissés d'orangers, de citronniers, de bananiers, de dattiers, etc., plantes sans aucun ordre. L'art de cultiver les orangers et les citronniers est absolument inconnu. Au reste l'hiver ne les dépouille point de leur verdure, et ils sont toujours comme au printemps; dans le temps des fleurs ils embaument au loin l'air que l'on respire. On cultive avec quelque soin une prodigieuse quantité d'excellentes plantes potagères, que l'on transporte à Alexandrie, dont le terrain stérile n'a pas les mêmes richesses. On trouve encore à Rosette et on en exporte des melons, des figues, des bananes, des pêches, des abricots, des grenades, des oranges, etc.

Au sud et au sud-ouest il y a des monticules de sable, et au nord une plaine à perte de vue très bien cultivée et très agréable.

Rosette est en face du fertile Delta, où l'on cultive entre autres choses une prodigieuse quantité d'excellent riz. Les rizières ne me paraissent pas entraîner l'insalubrité dont on se plaint tant et avec fondement en Europe.

Il est très difficile d'évaluer au juste la population d'aucune ville de l'Égypte; cependant je crois que celle de Rosette est de douze à quinze mille habitants. La population était beaucoup plus considérable, et peut-être double, il y a quelques années; mais une interruption notable dans le commerce intérieur et extérieur, ainsi que des épidémies fréquentes ont contribué à cette diminution. La célèbre peste appelée en Égypte d'Ismael-bey, qui a eu lieu en 1791, a fait à Rosette des ravages particuliers.

Le plus grand nombre des habitants de Rosette sont musulmans; le reste est Juif, ou catholique du rite grec ou latin. Le gouvernement des Mamelouks attachait peu d'importance à la diversité des cultes, et les tolérait tous.

Les habitants de Rosette sont généralement d'un caractère froid et tranquille, sans désirs, sans ambition, supportant également la bonne et la mauvaise fortune, rapportant tout à la volonté de Dieu. Les hommes passent le jour occupés à fermer, à leurs affaires, ou au milieu de leur famille; rarement ils se promènent même dans leurs suaves jardins. Tout ce qu'a raconté Savary sur les fréquents rendez-vous des jeunes Géorgiennes est une fiction de son imagination; les femmes ne sortent pas plus de leurs maisons que dans le reste de l'Égypte: c'est une habitude prise dès l'enfance, et non pas une contrainte.

Les hommes sont généralement d'une belle taille, robustes, et d'une physionomie mâle; leur marche est grave et mesurée.

Quant aux femmes, il est difficile de les voir et de les juger. La coutume de les voiler, qui nous paraît ridicule, n'est pas sans de grands avantages pour le bonheur individuel des familles. C'est dans l'Orient que les hommes peuvent se flatter d'avoir une femme qui leur appartient exclusivement, et des enfants qu'ils ont faits. Les femmes n'ont qu'une occupation, celle de plaire à leurs époux: il est vrai qu'elles sont aussi plus jalouses de la toilette, des belles étoffes et des bijoux, que les Européennes, et que c'est par leurs caresses qu'elles obtiennent tout ce qu'elles veulent. Quoique les femmes de ces contrées se croient assez instruites sur les moyens de concevoir aisément, elles consultent encore avec empressement les médecins sur cet objet. Un grand caractère de beauté pour les femmes est d'avoir de l'embonpoint, quelque loin qu'il soit porté; et ce que l'on peut dire de plus flatteur pour une femme c'est qu'elle est belle comme la lune.