Prosper Alpin a déjà parlé des différents moyens qu'emploient les femmes pour s'engraisser: mais je me propose de traiter amplement cette matière dans un ouvrage étendu, que je compte publier dès que les circonstances me le permettront, et dont l'annonce est déjà connue par une lettre adressée au citoyen Desgenettes, médecin en chef de notre armée, en date du 18 pluviôse an VIII, et imprimée le 30 du même mois dans le no 59 du courrier d'Égypte.[3]

La manière de vivre des habitants de Rosette est très simple, et offre un grand exemple de sobriété. L'eau du Nil devient saumâtre quand ce fleuve décroît, parce que l'eau de la mer vient s'y mêler; et on boit alors l'eau des citernes, que l'on remplit tous les ans dans le temps de la crue du fleuve.

Parmi les animaux domestiques celui qui prospère le plus est le buffle; son lait est très substantiel, mais sa chair est inférieure à celle du bœuf et des vaches. Plusieurs épizooties ont réduit considérablement le nombre de ces derniers animaux. Il est remarquable qu'au plus fort de la maladie les buffles vivaient pêle-mêle avec les bœufs et les vaches, prenaient la même nourriture sans en prendre la maladie.

Il y a beaucoup de chameaux à Rosette. L'entretien de cet animal utile est peu coûteux: mais il exige beaucoup de soins; si on charge mal un chameau on court risque de le blesser et de le mettre facilement hors de service. Ceux qui ont mangé du chameau le préfèrent au cheval. Les chameaux et les chameliers sont très sujets à la gale: on la traite chez les uns et les autres avec du soufre. Au reste la gale est très rare dans toute l'Égypte, même parmi les Juifs, qui, comme on le sait, sont partout ailleurs sujets à cette maladie de la peau.

Le climat de Rosette est beaucoup plus tempéré que celui du Kaire. Dans le printemps, l'automne, et l'hiver, l'atmosphère est sensiblement humide du coucher au lever du soleil. Il pleut en hiver quelquefois plusieurs jours de suite; et c'est ce qui a déterminé les habitants à bâtir solidement leurs maisons. Les vents du nord sont fréquents en été; on s'en aperçoit à la direction de quelques sycomores. Quand le vent diminue, on est abattu comme dans le reste de l'Égypte; et c'est le temps des maladies.

La peste, la dysenterie, la petite vérole, et les maux d'yeux sont les maladies les plus fréquentes et les plus redoutables à Rosette. Les moins dangereuses sont les affections hémorroïdales, l'asthme, la faiblesse, et les flatuosités de l'estomac. Le rachitis, la dentition difficile, et les convulsions enlèvent une quantité considérable d'enfants dans la première et seconde année de leur vie. On voit assez fréquemment une tuméfaction monstrueuse des extrémités inférieures.

L'expérience a prouvé qu'il est avantageux d'envoyer les convalescents du Kaire à Rosette: cette translation guérit souvent des dysenteries rebelles.

Rosette n'a ni médecins, ni chirurgiens, ni pharmaciens instruits ou expérimentés. Il est d'usage de traiter les maladies vénériennes avec la salsepareille et les bains; ce qui réussit. Ce qu'ils savent sur la peste se réduit à son histoire.

J'aurais désiré donner plus d'extension à cette notice; mais je n'ai pu me refuser à la rendre publique pour me conformer aux vues énoncées dans la circulaire du médecin en chef de l'armée, du 25 thermidor an VI.

NOTES
Pour servir à la topographie physique et médicale d'Alexandrie, rédigées
par le citoyen Salze, médecin ordinaire de l'armée d'Orient.