«—Le Père Faraud, qui nous arrive, plein de jeunesse, de force et de bon vouloir!»

Le Père Taché «se croit au paradis de voir enfin un Oblat», et M. Laflèche jouit du bonheur mutuel de ses compagnons religieux. Ceux-ci proclament M. Laflèche leur supérieur régulier, et rivalisent d’affection pour l’aimer, comme de dévouement pour le soigner.

Sauf une absence du Père Taché qui retourna au lac Athabaska, les mois qui allèrent de juillet 1848 au printemps 1849 furent les plus heureux de toute la vie des trois futurs évêques.

Plus ils se voyaient pauvres et sevrés du monde, dans leur «baraque», plus les cœurs s’unissaient dans l’indivisible charité. Le service de Dieu et des âmes fini, les prescriptions de la règle des Oblats observées, c’était le tour «des histoires, des rires et des chansons». Le refrain revenait, toujours le même:

«—Vive le Nord et ses heureux habitants!»

On le chantait en toutes mesures et démesures, en lavant les écuelles de fer blanc, en rôtissant le poisson à la broche, en croquant la viande sèche, en attisant le foyer ouvert où pétillait la bûche ancestrale. On le chantait de toutes voix: M. Laflèche en virtuose, le Père Taché assez bien, le Père Faraud très mal. Mais tous trois du même cœur chantaient: «Vive le Nord, et ses heureux habitants!»

Septuagénaires, les trois évêques rechanteront encore, en se revoyant, cet allegro de leur jeunesse; mais la mélancolie voilera leur accent; et, lorsque dans leur carrière de labeur, ils s’arrêteront un instant pour s’écrire, ils se rediront l’un à l’autre:

«—Vous souvenez-vous, cher Seigneur et ami, du temps où nous chantions: Vive le Nord et ses heureux habitants?... Oh! qu’il est donc passé, ce temps! Mais c’était le bon temps!...»

Brusquement, le courrier de 1849 vint briser la fête de l’Ile à la Crosse. Deux lettres de la Rivière-Rouge: l’une du Père Aubert, supérieur des Oblats de l’Ouest, pour les Pères Taché et Faraud; l’autre de Mgr Provencher, pour M. Laflèche.

La lettre du Père Aubert disait: