De son côté, M. Laflèche attribuait gaiement son mal «à la paresse qui l’avait retenu sédentaire, tout l’été, à l’Ile à la Crosse.»
Pour me punir, le bon Dieu m’envoya un rhumatisme qui me tourmenta longtemps, et pour m’empêcher d’oublier la leçon, il a eu soin, en le retirant, de me laisser boiteux.
Il boita toujours, et ce fut sa consolation de conserver, jusqu’au seuil de son éternité, ce stigmate de son apostolat dans les missions sauvages.
A mesure que M. Laflèche s’affaiblissait, le Père Taché se fortifiait. C’était déjà le «voyageur infatigable qu’il n’était pas commode de dépasser sur la route», et pour qui «les raquettes, comme les canots, semblaient n’avoir que des charmes.»
«Un jour les rôles changeront: Mgr Taché, le grand voyageur, sera condamné à l’immobilité dans son palais, pendant que Mgr Laflèche, l’ancien infirme, parcourra les continents et traversera les mers sans fatigue.»
L’hiver 1847-1848 n’améliora pas l’état du malade. Les plaies s’agrandissaient. Mais le Père Taché versait sur les souffrances de son frère bien-aimé tous les soins de sa tendresse.
Plus tard, lorsque l’évêque des Trois-Rivières, rendu à la santé du corps, saignera par les innombrables entailles de son âme, sous les coups d’une infortune qu’il comparera à celle de Job, l’archevêque de Saint-Boniface arrivera, fidèle, auprès de son ami, se prévalant de son titre d’infirmier, acquis à l’Ile à la Crosse, pour répandre de nouveau sur chaque plaie ravivée le vin et l’huile de sa charité.
Mais, à l’Ile à la Crosse, M. Laflèche ne souffrait que dans son corps. Son âme rayonnait d’une joie paisible, qui imprégnait jusqu’à la remuante gaieté de son confrère.
Ni l’un ni l’autre n’eussent échangé leur misère contre les lambris des rois.
Au mois de juillet 1848, une voix vint s’adjoindre à ce concert fraternel et former le «trio bienheureux»: le Père Faraud: