Deux mois après, le 3 décembre, jour de la fête de saint François-Xavier, sa vocation religieuse et apostolique s’alluma par un regard.
Les missionnaires Oblats de Marie Immaculée étaient arrivés la veille de France, à Montréal. Passant par l’évêché, pour se rendre à la cathédrale, Alexandre les vit pour la première fois. Ses yeux s’attachèrent sur la figure et sur la croix des missionnaires. Il était conquis.
«—Il est de ces regards, s’écria-t-il cinquante ans après, il est de ces regards qui ont une influence marquée sur toute une existence. Celui que j’arrêtai alors sur les Pères Honorat et Telmon n’a pas peu contribué à toute la direction de ma vie.»
En octobre 1844, il se présenta au noviciat des Oblats, à Longueil.
Mais une année sans se mouvoir, quoique prescrite par le droit canon, c’était trop long pour son ardeur. A force d’instances, il obtint d’être envoyé avec le premier Père Oblat aux missions sauvages.
Le 25 août 1845, fête de saint Louis, après «62 jours de pagayage et de portages», le Père Aubert et le Frère Taché débarquèrent à la Rivière-Rouge.
A la première vue du visage frais et candide, plus jeune que l’âge même du novice, Mgr Provencher eut un mouvement de déception:
«—On m’envoie des enfants, et ce sont des hommes qu’il nous faut», murmura-t-il.
Le vieil évêque ne tarda pas à constater que des dehors de faiblesse et d’enfance peuvent contenir des âmes de feu; et le mois n’était pas écoulé, qu’il écrivait à Québec:
«—Des Taché et des Laflèche, vous pouvez m’en envoyer sans crainte!»