Le Frère Taché, sous-diacre, n’avait pas l’âge requis pour le diaconat, lorsqu’il partit de Montréal. Il l’avait, en arrivant à Saint-Boniface. Il fut donc ordonné diacre, le dimanche qui suivit, 31 août.

Le 12 octobre, à 22 ans et 2 mois, il était prêtre.

Cependant le noviciat, commencé à Longueil, continué, par dispense, en canot d’écorce, s’achevait le lendemain de l’ordination sacerdotale. Le Père Taché prononça ses vœux perpétuels, le 13 octobre, quelques instants avant de célébrer sa première messe:

«—Je fis à Dieu le sacrifice entier de moi-même; je m’enrôlai sous la bannière de Marie, et je promis à cette tendre mère d’être son serviteur tout dévoué.»

Le Père Taché fut donc le premier religieux engendré à l’Eglise catholique, dans les Pays d’en Haut.

Nous savons la suite de sa vie, jusqu’à 1849. M. Laflèche retourné à Saint-Boniface, le Père Faraud envoyé au lac Athabaska, il restait seul des «heureux habitants du Nord» de la première heure, à l’Ile à la Crosse.

Qu’il était loin de se douter qu’il touchait déjà aux dernières heures du «bonheur» chanté par le joyeux trio, dans le paradis de la neige et de la pauvreté!

L’impossibilité de promouvoir M. Laflèche à l’épiscopat désemparait Mgr Provencher. Il ne savait comment sortir de sa perplexité:

«—J’ai bien, disait-il, le Père Taché, qui est celui qui a le plus de talents; mais il ne fait que de naître!»

La Providence, qui avait besoin de M. Laflèche pour être le Chrysostome des Trois-Rivières, et du Père Taché pour être le saint Paul du Nord-Ouest, ayant bouleversé les plans d’avenir de Mgr Provencher, lui révéla, sans plus différer, ses divines dispositions.