«Bientôt il est plus frappé du mérite que de la jeunesse». «C’est un homme de grand talent, écrit-il, connaissant le pays, les missions et les langues.»
Puis, il est Oblat. C’est sur les Oblats qu’il faut compter pour l’évangélisation du Nord-Ouest: n’est-il pas convenable que le chef soit pris parmi ces religieux? Si l’évêque est Oblat, la congrégation tout entière ne sera-t-elle pas plus étroitement liée à la grande œuvre? Il y a une objection, une seule, les 27 ans du jeune missionnaire. Mais «c’est un défaut dont le Saint-Siège dispense, et dont l’élu se corrigera, même trop rapidement.»
Se convaincant de plus en plus, il en vient à cette réflexion:
«—Je pense que le Père Taché sera le plus propre à l’épiscopat: il aura plus de détail, l’autre est un peu oublieux.»
En même temps qu’il priait les évêques du Canada d’obtenir du Saint-Siège la substitution du nom de Taché à celui de Laflèche, Mgr Provencher écrivait à Mgr de Mazenod, évêque de Marseille, Fondateur et Supérieur Général des Oblats:
J’ai jeté les yeux sur un de vos enfants, pour être mon coadjuteur et mon successeur: c’est le R. P. Alexandre Taché, que votre Grandeur n’a jamais vu, et qui est depuis 1846 à l’Ile à la Crosse. Il a fait d’excellentes études classiques et théologiques, et, depuis qu’il est employé dans les missions, il a appris deux langues, avec la connaissance desquelles il peut évangéliser les nations sauvages presque jusqu’au pôle. Outre cela, il sait passablement l’anglais, langue nécessaire partout dans ce pays. Il a réussi, au delà de mes espérances, à faire connaître Dieu aux nations des Cris et des Montagnais.
Mgr Provencher signant cette lettre, signait, si l’on peut ainsi parler, l’acte du baptême et du salut de toutes les nations sauvages du Nord-Ouest. Il sauvait ses chères missions d’un naufrage, probablement irrémédiable, que quelqu’un—qui? ami ou ennemi, inintelligent ou malveillant? il n’importe de le savoir;—mais que quelqu’un complotait, dans l’ombre.
Le Souverain Pontife, avisé avant le Supérieur Général des Oblats, accédait immédiatement à la supplique; et, le 24 juin 1850, il émettait les bulles instituant Alexandre-Antonin Taché, évêque d’Arath, in partibus infidelium, et coadjuteur de Mgr Provencher, avec future succession.
Un évêque de vingt-six ans et onze mois...
Mgr de Mazenod apprit la nouvelle, au moment où, d’accord avec son conseil, il venait de décider le rappel de tous ses fils, des missions du Nord-Ouest, que le quelqu’un avait représentées comme un tombeau sans retour pour sa congrégation. Aussitôt, il suspendit l’envoi du décret, et manda le Père Taché, afin de l’entendre et de le consacrer lui-même.