Tous les temps libres sont employés à entendre les confessions et à écouter les doléances.

Après quelques jours, communion quotidienne de tous ceux qui en sont jugés dignes. La plantation d’une grande croix couronne souvent le travail apostolique. Lorsque les Indiens repasseront là, ils verront cette croix, et se souviendront des instructions du père. Chaque fois ils iront prier près d’elle.

C’est presque toujours la disette de vivres qui clôt la retraite des camps. Les provisions apportées par le père ont été mangées les premières, à la table commune. Celle des sauvages épuisées à leur tour, il faut se disperser. Les chasseurs reprennent le bois, à la poursuite du gibier, et le missionnaire rentre chez lui, en jeûnant.

Parfois cette mission tant désirée et préparée depuis longtemps n’est qu’une course vaine. Le Père se met en route à l’époque convenue, et, au bout de trois jours, six jours de voyage, il trouve le camp déserté. Il comprend: la famine est arrivée, et le camp a été forcé de continuer sa marche dans la forêt, sans savoir où il s’arrêterait. La vie du missionnaire peut alors courir les plus grands dangers...

Les successeurs du Père Breynat, particulièrement les Pères Laffont, Bocquené et Riou, continuèrent cet apostolat nomade. Grâce à leurs efforts, il n’est plus un des 500 Mangeurs de Caribous du Fond-du-Lac qui ne soit fervent chrétien.

Le Père Riou, directeur actuel de la mission, trouva même le moyen de faire bénéficier ses sauvages, grands et petits, du décret libéral de Pie X sur la communion fréquente.

Les Mangeurs de Caribous savent lire l’écriture en caractères syllabiques, et cette connaissance contribue beaucoup à l’entretien de la foi éclairée. L’évêque-missionnaire dont nous parlons, comme ses devanciers, se fit leur maître d’école. Le succès dépassa son attente. Il ne trouva qu’un récalcitrant qui lui donna, du reste, ses motifs:

—Je ne veux pas apprendre à lire, moi. J’ai de l’esprit, vois-tu. Si je savais lire, on dirait que j’ai pris dans les livres ce que je raconte; tandis qu’autrement tout le monde sait que ça vient de là (montrant son front).

Pour son bouquet d’adieu, le Père Breynat reçut de ses enfants des témoignages qui lui dirent hautement les qualités de leur cœur. Nous l’avons entendu raconter, avec un plaisir touchant, la conversion de Michel le sorcier et la visite de la vieille Petite-Flèche.

Michel était un scandaleux près duquel avaient échoué tous les efforts des missionnaires. La dernière fois qu’il l’avait rencontré dans les bois, le Père Breynat avait refusé de lui toucher la main,—ce qui est le plus grand affront prévu dans l’étiquette sauvage;—et lui avait dit, en présence de tous: