—Je ne te verrai plus, puisque je vais partir pour toujours. Mais tu pourras penser que personne ne m’a fait autant de peine que toi. Tu as fait pleurer le cœur de ton père.



Quelque temps après, Michel entre à la mission, lui qui, de dédain, n’y avait jamais mis les pieds, lorsqu’il venait au fort. Il semblait tout attristé.

—Qu’y a-t-il donc, Michel? Quelqu’un est-il malade chez toi?

—C’est moi qui suis malade, Père, et qui ai le cœur pas à son aise. Depuis que je t’ai vu dans le camp, et que tu ne m’as pas touché la main, j’ai toujours devant moi tes dernières paroles. J’avais honte de moi-même. Comment! le père a été si bon pour moi, et voilà qu’il va partir avec toute sa peine! Je suis devenu comme un homme qui n’a plus d’esprit. Je n’avais plus de goût pour rien. Mes yeux se remplissaient d’eau. Quand je partais à la chasse, je pensais moins aux caribous qu’au chagrin que je t’avais fait, et je disais mon chapelet en rôdant dans les bois, pour demander à Dieu ce que je pourrais bien faire pour te faire oublier ma faute. J’étais ainsi pendant plusieurs jours, quand tout à coup il me vint à l’esprit que je ne pourrais rien faire de mieux que de me convertir et de céder enfin à toutes tes instances. Alors je partis, et me voilà. Je veux me confesser.

—Que le bon Dieu et la sainte Vierge soient loués, mon Michel: c’est bien la plus grande joie que tu pouvais me donner!

Le sorcier se confessa, avec des larmes abondantes—fait aussi rare chez les hommes que fréquent chez les femmes sauvages—; et il ajouta: