—J’ai encore quelque chose à te demander. Tu connais ma conduite; je ne mérite pas de recevoir le pain du bon Dieu; mais je vais m’appliquer à bien vivre. Laisse un petit papier pour le père qui va te remplacer, afin qu’il me permette de communier à Pâques, si je persévère jusque-là.
—En effet, mon brave, tu ne mérites pas de communier; mais tu en as besoin pour te soutenir; et je veux avoir moi-même le bonheur de te donner le pain du bon Dieu, pour la première fois. Tu vois comme j’ai confiance en toi. J’espère que je ne le regretterai pas.
Le converti protesta encore de son repentir et de ses résolutions:
—Oui, Père, c’est fini. Toutes les fois qu’on emportera les lettres d’ici, l’homme de la prière, en t’écrivant, te redira toujours: «Michel vit bien».
Le lendemain, communion fervente, longue action de grâces.
Sortant de la chapelle, il trouva son garçon de 15 ans, qui l’attendait dans la salle.
—Mon fils, lui dit-il, jusqu’ici je t’ai toujours donné le mauvais exemple; j’ai fait ceci, cela (toute la confession y repassa). Tu m’as toujours imité fidèlement. Tu vois ce que j’ai fait hier et ce matin. A ton tour, tu vas te confesser; et, à partir d’aujourd’hui, si tu ne changes pas de vie, ta chair malade je ferai (tu auras la volée). Maintenant, va chercher la viande que nous avons apportée.
Quelques instants après, le garçon arrivait avec un traîneau chargé de viande sèche de caribou.
—Tiens, prends cela, dit Michel au missionnaire. Je te le donne pour te prouver que tu m’as fait content.
La Petite-Flèche (Kkaazé) était peut-être centenaire. Comment le savoir? Elle avait recommandé à son fils de toucher la main au père, en son nom, en lui disant combien elle était désolée de ne pouvoir venir elle-même. Elle lui envoyait aussi un petit sac de viande pilée pour son voyage.