Les heureuses réformes obtenues enfin chez les Montagnais, les Mangeurs de Caribous et les Couteaux-Jaunes font présager la juste émancipation de la jeune fille et de la mère dans toute la nation dénée. Mais l’esprit de superstition ne se laissera vaincre qu’au prix d’un patient combat par la loi de lumière et d’amour.
Les missionnaires n’hésitent pas à regarder les Plats-Côtés-de-Chiens, malgré les défauts signalés, comme les meilleurs catholiques du Mackenzie, avec la tribu des Loucheux.
Toutes les campagnes organisées par l’hérésie, au fort Rae, ont complètement failli. Elle n’y récolta même pas les «mauvaises herbes» que Luther se plaignait de recevoir du Pape, quand il sarclait son jardin». Ce qui prouve que les Indiens savent raisonner leur foi.
L’évêque anglican Bompas (Low Church of England), dont les efforts de zèle et les avanies, il faut le reconnaître, ne furent dépassés, ni égalés peut-être, par personne, croyant tenir enfin un Flanc-de-Chien, infidèle et polygame obstiné, lui dit:
—J’ai appris que le prêtre ne voulait pas prier pour toi. Viens chez moi, et je te recevrai. En attendant, tiens voilà une casquette.
—Garde ta casquette, priant anglais. Quand j’en voudrai une, je l’achèterai avec mes fourrures. Mais sache que le père ne m’a pas rejeté; c’est moi qui n’ai pas voulu me bien conduire. Pour te montrer que la prière catholique et française est la bonne, je vais obéir maintenant.
Le converti du ministre renvoya aussitôt ses femmes illégitimes, se fit baptiser et vécut en bon chrétien.
Tous les sauvages formés par nos missionnaires, et qui n’ont le bonheur de passer que peu de jours à la mission, observent dans leur vie nomade les enseignements et les préceptes de la sainte Eglise. A Noël, «lorsque la grande ourse marque minuit», chaque dimanche et chaque fête (jours indiqués par une croix, dans leur petit calendrier), lorsque le soleil l’été, ou la lune l’hiver, sont à la hauteur choisie par le père pour célébrer la messe, ils se réunissent, par campement, dans la loge de l’un d’eux, à tour de rôle, pour l’office divin. Cantiques, chapelet, sermon du chef, ou du plus ancien, communion spirituelle à l’Hostie immolée, loin de là, dans la petite chapelle: toute la cérémonie se déroule dans une piété, digne des moines du désert. La part de Dieu faite, chacun met au chaudron commun le morceau qu’il a apporté. Le calumet et les projets de chasse achèvent les agapes. Les Indiens observent scrupuleusement le repos dominical; ils considèrent comme une faute de tirer un coup de fusil, le jour du Seigneur, à moins qu’ils se trouvent en extrême besoin. Les prières du matin et du soir, le chapelet quotidien ne sont jamais omis.
La fidélité des Flancs-de-Chiens, en particulier, à ces dévotions frappa un jeune protestant, lauréat d’universités anglaises, que la spécialité de ses études conduisit au fort Rae. Il l’exprima dans son livre:
Les Flancs-de-Chiens observent strictement les pratiques de l’Eglise Catholique. Pas un repas n’a été pris, en ma présence, durant les deux mois que j’ai résidé chez eux, sans être accompagné des grâces, en commun; et quelquefois il fallait un grand effort de l’imagination pour voir de quoi ils pouvaient bien être reconnaissants. Les services du dimanche étaient des cérémonies très soignées. Une réjouissance les suivait toujours, lorsqu’on était en lieu de campement. En cours de voyage, ces prières étaient faites avant la marche du jour. Ils déployaient une foi surhumaine à rester à genoux dans les neiges des terres stériles, (barren ground), pour réciter leurs prières, les dents claquantes de froid, et égrener leurs rosaires de leurs doigts demi-gelés[54].