Question d’angoisse que personne n’ose formuler, là-bas.
Tous croient par la foi et savent par l’histoire que saint Joseph, lui, ne manquerait pas. Il suffit.
Mission du Sacré-Cœur (Fort Simpson)
Le voyageur descendant le Mackenzie, à deux jours de rames du fort Providence, aperçoit, au bout d’une droite avenue, une île qui se confond avec le continent et qui ressemble au chevet d’une croix immense, dont les bras seraient le fleuve lui-même tournant à droite et la rivière des Liards arrivant sur la gauche. Un fort-de-traite et deux missions, l’une catholique, l’autre protestante, dominent le chevet: c’est le fort Simpson.
Le fort Simpson est géographiquement, et fut longtemps en importance commerciale, le vrai centre du Mackenzie.
La chronique de la mission du Sacré-Cœur pourrait s’écrire avec les larmes de ses missionnaires. De la plume et des lèvres de tous, au sujet de Simpson, tomba, comme s’il ne s’en fût trouvé d’autre, l’expression: Babylone du Nord. Non pas qu’ils fissent allusion, ces apôtres déguenillés du pauvre pays, à des jardins suspendus, à de flamboyants palais, à de sacrilèges festins nocturnes, ni même à des débauches... royales: ils voulaient dire seulement que le fort Simpson était le lieu où le démon de la cupidité, du mensonge, de la discorde, du fanatisme et de la mollesse semblait avoir établi sa capitale du Nord.
Jusqu’en 1886, date de la mise en service du premier steamer de la Compagnie de la Baie d’Hudson, le fort Simpson, chef-lieu du district, marqua le ralliement général des barges commerçantes; et chaque année s’y reconstituait la Babel, dont parla Mgr Grandin en 1861:
On trouve là des Anglais, des Norvégiens, des Orcadiens, des métis français, anglais et autres. Parmi les sauvages, on reconnaît des Sauteux, des Maskégons, des Cris, des Montagnais, des Esclaves, des Plats-Côtés-de-Chiens, des Couteaux-Jaunes, des Peaux-de-Lièvres, des Sékanais, et même des Esquimaux. La France est représentée par ses missionnaires. Vous concevez quelle confusion il y a là pendant plusieurs jours. C’est réellement la Tour de Babel. A mon arrivée, ce tumulte n’existait pas encore; il n’y avait guère que les Esclaves: c’est le nom que l’on donne aux sauvages qui fréquentent ce poste.
Le Père Grollier aborda au fort Simpson, le 16 août 1858, traquant Hunter, l’archidiacre anglican.
Le bourgeois força le prêtre à partir le 21, un samedi soir, malgré les instances des sauvages qui réclamaient la faveur de passer le dimanche avec le priant français. Par contre, le ministre eut toutes les libertés. Ainsi commença la lutte.