De 1858 à 1876, le missionnaire catholique n’eût même d’autre pied-à-terre, au fort Simpson, que la tente qu’il plantait, pour la plier bientôt; tandis que le ministre anglican et son évêque, dotés de terrain, de maison, de temple, régnaient sans ombrage.
Venant du fort Providence ou du fort des Liards, le Père Gascon 4 ans, le Père Grouard 9 ans, le Père de Krangué 21 ans, donnèrent successivement la mission de passage, au fort Simpson.
A la longue cependant, le protestantisme, qui mettait onze mois à défaire l’ouvrage que le prêtre faisait dans le seul mois de sa visite, gagna quelques adeptes et s’étendit. Lorsqu’en 1894, il fut possible de placer au fort Simpson un missionnaire résident, la moitié de la population suivait le ministre, et l’autre n’avait plus guère de catholique que le nom.
Ce brave missionnaire, le premier à rester fixé sur la Croix, fut le Père Laurent Brochu. Dieu sait combien il travailla, dans cette aridité. En dix ans de prières, de patience, d’efforts de tous genres, il ramena au Bon Pasteur le grand nombre des prodigues.
Il fut seul d’abord. En 1896, le Père Vacher lui arriva, comme élève dans la langue esclave, et comme assistant. Tous deux s’encouragèrent à l’œuvre de longanimité.
Le Père Andurand, secondé du Père Moisan, finit de reprendre toute la tribu.
Le grand événement de grâce pour la mission du Sacré-Cœur a été la fondation de l’hospice des Sœurs Grises, en 1916. Tous les infirmes et vieillards du bas-Mackenzie, c’est-à-dire depuis le fort Simpson jusqu’à l’océan polaire, y sont conviés. Déjà l’hôpital, élevé par les Pères Andurand et Moisan, et qui n’a point son pareil en hauteur et en beauté dans les édifices du Nord, se voit débordé.
Or, c’est là le coup d’audace le plus saintement téméraire qui ait été osé, sans doute, par un vicaire apostolique. Un mot et un fait l’indiqueront assez.
Le poisson ne séjourne pas dans le fleuve Mackenzie, sauf au pied des rapides qui l’arrêtent, et dans certaines expansions où le fleuve se ralentit et devient un lac: ce qui place la pêcherie voisine du fort Simpson à la Grande-Ile, entrée du Grand Lac des Esclaves, soit à 320 kilomètres.
Dès le deuxième automne de la fondation de l’hospice, le 20 octobre 1917, le bateau de pêche, qui revenait chargé de 9.500 poissons, se bloqua dans la glace, à 160 kilomètres du fort Simpson. Il aurait pu s’arrêter—et il s’y arrêtera certainement un jour—à la Grande-Ile même, ou au lac Castor, comme il en arriva tant de fois aux bateaux de la mission de la Providence. Calculons alors, sans compter les déprédations du glouton (carcajou), des loups, des voleurs, calculons les fatigues, les lenteurs, les dépenses des voyages en traîneaux à chiens que représentent cette distance, chaque fois doublée, et ces masses qu’il faut transporter, à raison de 200 poissons seulement par traîneau. Si la mission de la Providence a trouvé tant de déboires dans ses pêches, à 64 kilomètres, qu’en sera-t-il de la mission du Sacré-Cœur, prenant sa subsistance à 320 kilomètres de sa table?