Folie de la passion des âmes! Folie de la Croix!
Mais, haut les cœurs et l’espérance! Saint Joseph veillera sur Simpson, comme il veilla sur Providence, sur Résolution. Il veillera, bon intendant du Sacré-Cœur. Le Père Grollier l’a promis:
«—J’ai dédié le fort Simpson, centre de tout le district, au Sacré-Cœur de Jésus, foyer de son ineffable amour pour les hommes, tout en lui demandant asile, dans son Cœur divin, pour les pauvres Indiens du pays.»
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Mission Saint-Raphael (Fort des Liards)
Au fort Simpson, laissons le Mackenzie poursuivre sa marche à l’Océan Glacial, et remontons, non à la vapeur—la vapeur n’a pu l’escalader encore,—mais en pirogue d’écorce ou en courte barge, cette rivière, aussi large que le Mackenzie dont elle est l’affluent, et qui descend du sud-ouest: la rivière des Liards. Une austère beauté la pare dans ses détours, ses rapides, ses montagnes Nahanès et Rocheuses, dont elle s’approche et s’éloigne tour à tour, sa grande vue, ses chenaux, ses îles. Elle roule sur de longs espaces avec une telle vitesse que l’on entend les cailloux s’entrechoquer sur les hauts-fonds, et qu’à l’époque de l’étiage, des amas de ces cailloux émergent, alignés comme par les cantonniers de nos routes nationales. Ces courants précipités ne se laissent vaincre que par le halage. Une journée de rapides exige même un redoublement de cette corvée, qui consiste à tirer l’esquif, du haut d’une grève horriblement enchevêtrée, et prête à vous jeter cent fois dans l’abîme, avec ses pans de terre et ses rochers déboulants.
Si notre voyage s’est heureusement accompli, nous avons peiné plus que la semaine entière pour nous mettre en vue du fort des Liards. Le voici, à 350 kilomètres du fort Simpson, sur la rive droite, en belle terre noire, fertile, et adossé à une forêt qui n’attend que la pioche et la charrue pour se convertir en champs aussi féconds que les prairies de la rivière la Paix.
La région abonde en liards: peupliers balsamiques.
Un de ces peupliers-liards eut sa célébrité, à l’origine du fort des Liards.
Comme il était large et isolé, les sauvages le prenaient pour pivot de leurs danses générales. La danse finie, la neige était noire de poux, autour du liard: c’est pourquoi le fort des Liards s’appela aussi le fort des Poux.