En 1871, la résidence fut inaugurée par le Père Nouël de Krangué, de la Noblesse bretonne. Il y demeura, seul ou avec un assistant, 22 années.

Les voyages continuels du Père de Krangué à ses dessertes, depuis le fort Nelson jusqu’aux forts Simpson et Wrigley, les privations, particulièrement pénibles à sa condition, le réduisirent à un état de souffrances qu’il répugnerait de décrire...

Au printemps 1893, revenant du fort de Good-Hope, en route lui-même pour l’est du Canada où il portait sa santé ruinée, Mgr Clut le trouva, presque dans les affres de la mort, au fort Simpson, et le prit avec lui.

Le chemin de croix de ces deux invalides de l’apostolat devait s’achever à l’Hôtel-Dieu de Montréal. Mgr Clut y arriva seul. Le Père de Krangué était tombé en route, dans les bras de son évêque:

Arrivé à Calgary, écrit celui-ci, la faiblesse extrême du cher père ne lui permit pas d’aller plus loin. Je restai avec lui, à l’hôpital des Sœurs Grises, où nous nous faisions soigner tous deux. Je lui donnai le saint Viatique et l’Extrême-Onction. Il fut bien édifiant pendant sa maladie; et il l’a été jusqu’à son dernier soupir. Il désirait cependant beaucoup guérir, afin de retourner à ses missions; mais lorsqu’on lui annonça qu’il n’y avait plus d’espoir, il fit généreusement le sacrifice de sa vie.

Après le Père de Krangué, le missionnaire qui occupa le plus longtemps le poste de Saint-Raphaël fut le Père Le Guen. Il quitta le fort des Liards en 1915, pour prendre la direction de la mission de Notre-Dame de la Providence.

Le Père Le Guen fut le seul missionnaire, et même le premier Blanc, à visiter un groupe considérable d’Esclaves, placé à distance presque égale des forts Providence, Simpson et Liard: le camp du Grand Lac la Truite. A part quelques hommes qui avaient eu l’occasion de voir le prêtre aux forts-de-traite, ces familles n’avaient jamais pu que désirer l’homme de la prière. En décembre 1902, le Père Le Guen eut enfin le bonheur d’instruire les chers affamés de la vérité. La cheferesse Monique—le sceptre étant en quenouille—l’édifia beaucoup. Avant de la baptiser, le 8 décembre, comme il lui rappelait les souffrances de Notre-Seigneur en lui montrant sa croix de missionnaire, Monique, accroupie à côté de lui, lui frappait les genoux de ses vieilles mains ridées, en répétant:

—Eh! Eh! Eh!... Est-il possible! Est-il possible! Et elle pleurait sur la croix, «pour Jésus qui faisait pitié».

Combien de ces âmes, qui seraient bientôt si belles, restent inconnues encore sur l’immensité du vicariat du Mackenzie et soupirent après le missionnaire qui ne viendra jamais peut-être, parce que les ouvriers sont trop peu nombreux... operarii autem pauci!

Avec le Père Le Guen, et après lui, les Pères Ladet, Lecomte, Gourdon, Gouy, Vacher, Moisan et Bézannier se partagèrent le reste des années et des voyages, au fort des Liards.