De quelle dégradation et avec quel empressement ces sauvages vinrent à l’envoyé de Dieu, le Père Grouard l’a écrit, au lendemain de sa visite apostolique de 1867:

Je fis une quarantaine de baptêmes, au fort des Liards. Plusieurs nouveaux sauvages se présentèrent à moi, et Dieu sait s’ils avaient besoin d’entendre la bonne nouvelle! Aussi était-ce évidemment la grâce qui me les amenait, car en entrant dans la maison où je logeais, après m’avoir touché la main, ils n’avaient rien de plus pressé que de me dire:

—Je veux me confesser.

Ils savaient par ouï-dire qu’on se confessait au prêtre. Ai-je besoin de dire qu’ils ne connaissaient pas les formules? Aussi s’adressaient-ils sans respect humain à la vieille femme (Houle) de l’interprète du fort, chez qui je demeurais:

—Dis donc au père que j’ai fait telle et telle chose.

Plusieurs, désireux de se décharger la conscience au plus vite, faisaient entendre ces étranges paroles: «Dis donc au père que j’ai mangé tant de personnes». Et cela en public... Les accusations de ces sauvages font assez connaître l’état affreux d’où nous sommes appelés à les tirer...

Quant aux Esclaves, que Mgr Grouard qualifiait encore, en 1890, de «peuple revêche, difficile à convertir et prompt à retourner à ses mauvaises habitudes», ils sont aujourd’hui environ 300, tous catholiques.

Les missionnaires ambulants de Saint-Raphaël (nom de la mission du fort des Liards, imposé par Mgr Grandin) furent les Pères Gascon (3 ans) et Grouard (9 ans).