La bonne femme Houle lui servit d’interprète et de sacristain.

En 1863, elle prit le Père Grouard, son «vénérable fils», sous sa protection, et se fit son institutrice en langue Esclave, en même temps que son vicaire du dehors. Elle aimait à lui expliquer les us et coutumes de la tribu. Ainsi, comme le père lui manifestait quelque surprise de trouver beaucoup de femmes sans nez:

—C’est qu’elles n’ont pas été sages, au gré de leurs maris, dit-elle. On leur coupe le nez afin de les corriger.

De fait, à peu de temps de là, le Père Grouard faisant sa méditation du soir, sous sa tente, entendit des cris de bataille. Comme il sortait pour s’informer, il vit arriver, implorant de lui refuge et secours, une femme dont le nez et la lèvre supérieure pendaient sur le menton, ne tenant plus qu’à un fil de chair.

Il venait autrefois au fort des Liards, outre les Esclaves, qui forment la population principale, deux tribus dénées des montagnes Rocheuses: les Nahanès et les Gens de la Montagne, ces derniers dits également, mais comme par antiphrase, les Mauvais-Monde:

—Je n’ai jamais vu de meilleur monde que ces Mauvais-Monde, dit Mgr Grouard.

Au regret des missionnaires, Nahanès et Mauvais-Monde ont maintenant disparu, «détruits par les maladies et la famine».