En février 1890, le Père Gourdon monta de Saint-Raphaël pour le remplacer. Il perdit tous ses chiens, en route, dans la neige extraordinairement profonde.

Au petit jour du 7 juin suivant—fête du Sacré-Cœur—cette neige, grossie de la neige fondue dans les montagnes, envahit la mission, juchée cependant à une hauteur que l’eau n’avait jamais atteinte. Le Père Gourdon, éveillé par le clapotis du flot contre son lit, n’eut que le temps de dire la sainte messe, de saisir son fusil et de grimper dans un sapin. De là-haut, il vit partir, à la débandade, le bois de chauffage qu’il avait amassé brassée par brassée, son traîneau, tout ce qui n’était pas sa maison. Entre temps, il tirait pour appeler. Le commis, réfugié lui-même dans une barque, vint le délivrer.

Le missionnaire, n’attendant plus les sauvages après ce déluge, rangea son logis et descendit au fort des Liards, quitte à revenir à Nelson, l’automne ou l’hiver de la même année.

Il était à prendre le soleil, devant la mission Saint-Raphaël, l’après-dîner du 16 juillet, lorsqu’il vit flotter, au large de la rivière des Liards, une petite caisse. Ayant lancé un sauvageon à la poursuite de l’épave, il ne tarda pas à reconnaître le tabernacle de la mission Saint-Paul. Il comprit: l’inondation avait recommencé là-bas, avec les pluies; et sa maison s’en était allée. Il ne fut pas long à équiper un canot et à remonter au fort Nelson. Il trouva sa route jalonnée de ses meubles: dans les branches d’un arbre sa soutane de travail, sur une pointe de rocher son ostensoir et sa cloche, ailleurs trois de ses chandeliers et deux pièces de son poêle. Au fort Nelson, plus rien: ni maison, ni chapelle, à peine quelques ruines méconnaissables. Des sauvages jouaient à la main avec la relique de la vraie Croix, qu’ils avaient ramassée sur le rivage...

Le missionnaire à qui fut donnée la consolation de parfaire la conversion du fort Nelson—consolation achetée par douze années de voyages, de travaux, d’ennuis de toutes espèces—, fut le Père Le Guen.

Il remit au Père Moisan, en 1909, toute la population baptisée, à l’exception d’un seul homme.

Mission Sainte-Anne (Fort Rivière-au-Foin)

La mission Sainte-Anne nous ramène, pour la dernière fois, au Grand Lac des Esclaves. Elle est sise à l’embouchure de la Rivière-au-Foin, venant de l’ouest, et futur port naturel des navires du Grand Lac.

Le Père Gascon débarqua, le 3 juillet 1869, à la Rivière-au-Foin, pour fonder la mission Sainte-Anne. Il avait pour le seconder le Frère Hand, son compagnon, depuis quatre ans, à la mission Saint-Joseph.