Il ne pouvait, certes, mieux choisir que la Congrégation qui possède les missions du Mackenzie.
Envoyé à l’extrémité même du pays de la pauvreté, au fort Good-Hope, il arriva le 14 septembre 1875.
Il y passa six mois de l’hiver, déjà commencé, avec le Père Séguin et le Frère Kearney. Le 20 mars, il partit à destination de son poste, au fort Norman.
Tout était à bâtir, à convertir, à créer.
Un maître d’école anglican, sustenté par un commis hostile, jouait au ministre, tout près de là; et ses adeptes, des Esclaves, parents des protestants du fort Simpson, entravaient la bonne volonté des Peaux-de-Lièvres.
Nous ne pouvons, malgré l’intérêt qu’y prendrait le lecteur, suivre les années du Père Ducot, ses travaux, ses voyages dans son vaste district, ni même départager l’action des assistants qui lui furent successivement donnés, après dix-sept ans de solitude—Pères Gouy, Audemard, Gourdon, Andurand, Houssais, Frapsauce,—pour montrer comment de leur paganisme les Peaux-de-Lièvres passèrent à la ferveur de la foi; comment aussi la hutte primitive de la mission Sainte-Thérèse se transforma en la jolie église, splendidement ornée d’aujourd’hui: Dieu a compté, et le missionnaire contemple désormais, en Lui, ses propres mérites... De cette vie, de ce talent, de cette activité, qui n’eussent pas été indignes d’une paroisse immense, au centre d’une capitale, et qui se dépensèrent au salut d’une poignée d’Indiens, entrevus rarement, et en groupes pitoyables, nous ne rappellerons que quelques faits, de nature, pensons-nous, à compléter le portrait que toute l’ambition de nos pages aura été de rendre: le portrait du missionnaire des pauvres.
Le Père Ducot reportait à l’année 1880 la souffrance qu’il regardait comme le Vendredi Saint de sa vie. Il en célébra toujours l’anniversaire, en remerciant la Providence de l’avoir sauvé, de la mort, par le moyen d’un loup, des restes d’une superstition païenne, et d’un sauvage protestant.
Un camp de Flancs-de-Chiens des environs du Grand Lac de l’Ours, qu’il avait visité, en 1879, l’avait supplié de revenir, l’année suivante, afin d’achever son œuvre d’évangélisation. Il accepta, et l’on convint que, le 1er mars 1880, le chef, Petit-Chien, serait au fort Norman, pour prendre le père et le conduire. Le père, qui, les premières années de sa solitude, avait coutume de passer les huit mois de mars à novembre au fort Norman, et les quatre autres au fort Good-Hope, promettait d’être au rendez-vous. Le chef, quoi qu’il advînt, devait l’y attendre.
Petit-Chien se trouva, le 1er mars, au fort Norman; mais le missionnaire, attardé sur le chemin de Good-Hope par une tempête de neige telle qu’il n’en revit jamais et «d’autres obstacles que le diable semblait susciter à chacun de ses pas», n’arriva que le 10 mars. Petit-Chien était resté les quatre jours que ses vivres avaient duré; puis il était reparti, laissant un billet à l’homme de la prière pour l’assurer, foi de chef, que le camp entier l’attendrait une lune et demie, et que d’ailleurs il n’y avait que cinq jours de marche. Il aurait soin, disait-il encore, de baliser avec des branches de sapin tout le parcours, afin qu’il fût impossible de s’égarer.
Le 17 mars, après la messe, célébrée en l’honneur de saint Patrice, le Père Ducot chargea son traîneau de provisions pour sept jours, attela ses quatre chiens, et, accompagné d’Alphonse Koutian, son jeune serviteur Peau-de-Lièvre, se lança dans la forêt.