Ils vont toujours.
Sur les cinq heures, ils débouchent au milieu du campement des Flancs-de-Chiens. Il est vide. Personne, rien! Sur les braises des foyers, une couche épaisse de frimas.
—Partis, depuis longtemps, dit Alphonse: ils jeûnaient... Ils n’ont rien laissé!
Fiévreusement, aux dernières lueurs du jour, le missionnaire cherche un mot écrit sur l’écorce d’un bouleau, un piquet incliné, un sapin encoché, un signe qui indiquât, selon la coutume sauvage, la direction prise par la caravane. Rien encore.
Vingt sentiers également foulés, également anciens, rayonnent du campement dans la forêt, les uns vers le lac de l’Ours, les autres à l’opposé. Lequel choisir?
Pour provisions, il reste deux livres de viande sèche et une de farine. Sous le bois, point de lièvres, point de gelinottes. Que faire? Poursuivre, avec si peu, n’est-ce pas se livrer follement à la mort, tenter Dieu? Mais Alphonse s’obstine à démêler les pistes indiennes:
—C’est trop loin pour retourner, répète-t-il, trop loin! Cherchons, marchons encore!
—Faisons mieux, dit le missionnaire, prions le bon Dieu de nous inspirer: nous déciderons ensuite. Veux-tu, mon enfant?
C’était le Samedi Saint, et le soleil était tombé.
A genoux sur la neige, le prêtre et le sauvage reportent leur pensée au Maître de la vie et de la mort, dans son Tombeau, et lui demandent la vie. Ils prient aussi la divine Mère des Douleurs: