—Merci, mon Dieu, merci! crièrent d’une seule voix, Alphonse et le Père, tombés à genoux.

Des restes abandonnés par le loup, ils vécurent trois jours.

Il y avait douze heures que le dernier repas de peau était achevé, quand ils arrivèrent à un vieux campement, où ils n’avaient rien remarqué, lors de leur premier passage.

En remuant partout la neige, le pied d’Alphonse toucha une masse oblongue, congelée: une vessie d’orignal, pleine de sang. C’était encore la superstition des Peaux-de-Lièvres, heureux à la chasse, de séparer le sang de la chair, et de l’exposer sur le passage du carcajou «pour se le rendre propice».

Le bloc de sang soutint la marche d’une autre journée. Une once d’onguent d’arnica, partagée, pourvut à la journée suivante.

Il n’y avait plus rien, lorsqu’on arriva au lac Kraylon (des Saules), le vendredi soir.

Le vieux pêcheur du commis, Bèchlètsiya, avait levé sa loge, et ses traces s’étaient effacées. Aucune rumeur n’arrivait du fond de la forêt. Comme le père priait Dieu, par l’intercession de saint Benoît Labre—son saint préféré—de venir une dernière fois au secours, Alphonse, qui s’était éloigné un peu, poussa un cri:

—J’entends les chiens!

Les voilà tous deux, à toutes jambes et raquettes, courant dans la direction du bonheur.

Les déceptions étaient finies. Le pêcheur, au moment de repartir pour le fort Norman, l’avant-veille, avait, sans pouvoir s’expliquer comment, tué trois orignaux. Et pensez donc, la belle viande vermeille, étalée, là, sous les yeux affamés des nouveaux venus, et qu’il lui fallait encore boucaner!