Le vieillard traita ses hôtes, en roi de la forêt. Le lendemain, il les retint jusqu’à l’après-midi, afin de leur préparer lui-même deux galas supplémentaires. Puis, chargeant l’épaule d’Alphonse du meilleur des morceaux, il se recommanda aux prières du missionnaire.

La générosité attache le cœur: plus il donne, plus il aime. Bèchlètsiya était protestant; mais sa conversion ne tarda plus. Le Père Ducot le baptisa, lui fit faire sa première communion, et, quelques mois après, sanctifia sa mort.

Les voyageurs arrivèrent à Sainte-Thérèse, le dimanche de Quasimodo, à dix heures du soir.

Le Père Ducot, qui nous écrivit au long cet épisode, concluait:

«—On dit qu’il y a une Providence pour les fous. Il y en a certainement une spéciale pour les missionnaires, qui le sont bien un peu, à leurs heures. Nos stulti propter Christum».

Quatre ans après cette épreuve, du 20 avril au 8 juin 1884, le missionnaire de Sainte-Thérèse retourna au campement des Flancs-de-Chiens. Un mois de travail parmi eux lui rapporta cinq premières communions, le baptême d’un sorcier et une douzaine de confessions. Il en fut aussi heureux que les missionnaires des paroisses blanches, après leurs grands coups de filet dans la masse des peuples.

Parti à la raquette, il revint en radeau, cette fois, sur la rivière de l’Ours, avec quelques sauvages.

Le premier soir, ils furent contraints de faire escale, sur la rive droite. Le lendemain, le radeau était parti, avec les vivres et les outils. Des chiens, passant dans la nuit, en avaient dévoré les amarres de cuir d’orignal. Il fallait, sous peine de mourir de faim, atteindre la rive gauche où se trouvaient le fort Norman et la mission.

Les Indiens se rappellent alors qu’un chaman leur a prédit qu’ils périraient, un printemps, en descendant la rivière de l’Ours (la Télini-diè), et ils se livrent au désespoir. Le missionnaire a grand peine à relever leur courage et à les convaincre que Dieu est plus fort que le sorcier et Satan. Sur la promesse qu’il leur fait solennellement de les conduire à Sainte-Thérèse pour le dimanche, ils se décident à marcher.

Pendant quatre jours, ils descendent des falaises et traversent des torrents, le long de la rivière rageuse, qui roule les glaçons du lac de l’Ours. Enfin un pont de glace est en vue à la tête d’un rapide. Il semble unir les deux rives: c’est la délivrance.