En faisant le signe de la croix, les naufragés s’y engagent. La glace désagrégée, pourrie, cède et frémit sous les pieds. Avec un bâton, chacun sonde devant soi, et s’avance peu à peu. En trois quarts d’heure, tous ont sauté sur la rive gauche.

A l’instant où ils remercient Dieu, un fracas de tonnerre résonne dans la gorge: c’est le pont de glace qui crève et se disperse dans les cascades...

A sa visite de 1886, la suivante, le Père Ducot annonça aux sauvages du Grand Lac de l’Ours que pour la première fois il serait au fort Norman, le 25 décembre, et qu’il y chanterait la messe de minuit. Il n’eut pas à répéter l’invitation.

Laissons-le nous dire l’événement:

La fête approchait et je me préparais à lui donner tout l’éclat possible. Je fabriquais des chandeliers, des lampions, des guirlandes, tout ce que je pouvais inventer. Un soir, j’entends des pas nombreux sur le trottoir de la maison. On entre chez moi: Oh! quelle joie, c’est notre chef, le Petit-Chien, qui arrive avec sa bande. Tous se jettent à mes pieds, en me serrant la main, pour recevoir ma bénédiction.

—Combien je suis heureux de vous voir, mes enfants, leur dis-je.

—Père, répond le chef, fidèles à notre parole nous venons tous, pour assister à la prière de la nuit (Noël). On nous a dit que la fête était après-demain.

—Eh bien! j’en suis enchanté; seulement, vous vous êtes trompés de huit jours.

—Père, que dis-tu là! Nous n’avons pas de vivres, et ne pouvons demeurer ici, aussi longtemps. Il nous faut repartir après demain.

—C’est fort désagréable, mes enfants; mais je ne puis célébrer la Noël, pendant l’Avent. Le Pape ne serait pas content de moi.