Là-dessus, les barges passèrent.

O bonheur! Une lettre de Sir Georges Simpson, à lui, Père Grollier, comme sauf-conduit! Une autre de Mgr Taché, à lui encore, et lui donnant «carte blanche» sur l’Extrême-Nord!

Sous la tutelle obligée, sinon obligeante, du bourgeois, le Père Grollier prend place, le jour même, 13 août 1859, dans les barges, à côté de Kirby, qui va remplacer Hunter; et il dit adieu au Grand Lac des Esclaves.

Il revoit les forts de la Grande-Ile et Simpson: partout les néophytes sont restés fidèles, Deo gratias! Au fort Norman, il fonde la mission de Sainte-Thérèse.

Le 31 août, il est à Good-Hope.

Il apprend que, grâce à quelques sauvages, instruits par lui, à Simpson, l’année précédente, et à quelques coureurs-des-bois, dont il a fait ses amis, la visite de Hunter, ce printemps 1859, n’a porté aucune atteinte aux âmes. Il consacre aussitôt la mission à Notre-Dame de Bonne-Espérance; et, disposant son autel «sur la table même qui avait servi aux offices de l’archidiacre», il offre le premier sacrifice du Cercle polaire:

Date éternelle, dit-il, le 2 septembre l’Agneau vraiment Dominateur fut immolé pour la première fois, à Good-Hope, presque sur les confins de son héritage!

Comment suivre l’activité du missionnaire asthmatique au cours des trois années qui le séparent encore de sa tombe? Il voyage. Il enseigne. Il réprimande. Il encourage. Il écrit. Chacun de ses actes, chacune de ses respirations est un élan de son être, «pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.»

«—Le zèle, disait Mgr Grandin, le zèle inimitable du Père Grollier éclipsait toutes ses autres vertus.»

Ce zèle était dirigé, implacable, furieux—trop implacable, trop furieux, trouvait Mgr Grandin—contre l’homme ennemi, contre le protestantisme.