Sous les yeux de Hunter, il fonde la mission du Saint et Immaculé Cœur de Marie à la Grande-Ile, et la mission du Sacré-Cœur au fort Simpson.

Il voudrait poursuivre; mais Ross, le bourgeois du district, l’arrête et le force à retourner à Saint-Joseph.

En regagnant le Grand Lac des Esclaves, il apprend que Hunter et Ross, de concert, ont fait signer par tous les commis-traiteurs, une requête, priant le gouverneur de l’Honorable Compagnie, Sir Georges Simpson, de bannir du Mackenzie le prêtre catholique, et de réserver les tribus de l’Extrême-Nord au protestantisme. Le Père Grollier écrit à Mgr Taché de tenter l’impossible pour déjouer cette manœuvre; et il réclame, pour lui-même, «la grâce d’être envoyé aussi loin que la terre pourra le porter.»

Durant une année, pleine d’une «indicible inquiétude», il attend la réponse.

Il travaille, les premiers mois, parmi les Couteaux-Jaunes et les Montagnais de la mission Saint-Joseph. Le 12 avril 1859, il part sur la glace du Grand Lac des Esclaves, pour fonder la mission Saint-Michel du fort Rae, chez les Plats-Côtés-de-Chiens. Le 10 mai, il revient de Saint-Michel, sur la glace encore, à Saint-Joseph.

Au retour de ce voyage, se passa une scène, dont le secret, sur l’ordre du missionnaire, fut gardé par Pierre Beaulieu, jusqu’au jour récent où Mgr Breynat obligea celui-ci à dire tout ce qu’il savait.

Une affection, qui devait être scorbutique, d’après la description du témoin, avait attaqué les deux pieds; et les ongles livides ne tenaient plus aux chairs écarlates que par leur milieu: en remuant dans la chaussure, ils rendaient la marche impossible. Le Père Grollier commanda à Pierre Beaulieu de les lui arracher tous, avec des pinces à chapelet. Pierre obéit. A chaque ongle, un ruisseau de sang s’ouvrait. Le premier pied fini, le père demanda un verre d’eau pour se soutenir. Il présenta ensuite l’autre pied, en se détournant un peu. A l’avant-dernier ongle, il dit doucement, avec un filet de voix:

—Oh! tu me fais mal, mon Pierre.

A la fin:

—Merci, mon Pierre!