A tous ces postes, se sont dévoués les Pères Lacombe[68], Rémas et Tissier, les pionniers; les Pères Le Serrec et Dupin, les fondateurs; le Père Husson, le bâtisseur; le Père Desmarais, «l’homme que jamais un obstacle n’arrêta», et qui, durant plusieurs années de noire misère, se constitua le maître d’école, à Saint-Bernard, tenant en échec l’opulent instituteur protestant, et sauvant ainsi des générations de Cris, de Métis et de Blancs; le Père Constant Falher, le voyageur et le maître en langue crise[69]; le Père Henri Giroux, l’indomptable colonisateur; et les autres, qui souvent cumulèrent ces charges, comme les Pères Collignon, Le Treste, Dupé, Calais, Laferrière, Croisé, Girard, Pétour, Josse, Habay, Alac, Batie, Floc’h, Rault, Hautin, Jaslier, Dréau, Serrand...

Or, ces missions, ces missionnaires, que nous venons de citer, parce qu’ils font partie intégrante du vicariat d’Athabaska, ne sont que le petit nombre, en regard des missions et des missionnaires Cris de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Keewatin[70].

La différence entre les Cris et les Dénés est profonde.

La nature passionnée du Cris peut le porter des extrêmes de la fureur aux extrêmes de la douceur, de la sorcellerie satanique au culte très pur du vrai Dieu. Moins enfant que le Montagnais, moins inconstant, plus lent à la conviction, il s’enracine, cette conviction une fois faite, dans une religion raisonnée et une logique de conduite qui rarement se démentira elle-même.

Le facies du Cris, moins bouffi que celui du Déné, mieux découpé, tout frappé à l’effigie indienne, est fait de fierté, de hauteur, de mépris, de stoïcisme. Emplumé à la mode antique, il devient une réelle beauté. Autant les Dénés sont timides, fuyards devant leur imaginaire ennemi, autant les Cris sont hardis, provocateurs, amateurs de l’escarmouche, audacieux dans le combat. Incontestable supériorité d’une race qui s’impose, en présence de sa voisine. Dans les écoles-pensionnats, qui réunissent les deux races, la dernière pénitence que l’on puisse infliger à un petit Cris c’est de l’asseoir à côté d’une petite Montagnaise. Impossible de jeter plus de honte sur une jeune Crise que de lui dire: «On te mariera à un Montagnais!» La large et belle place de l’Ouest américain qu’occupèrent les Cris ne raconte-t-elle pas, du reste, avec quelle puissance ils maintinrent, au nord et au sud de leurs tribus, les autres nations indiennes?



C’est dans les guerres, dont nos premiers missionnaires virent les derniers carnages, que se déployaient les cruautés des Cris. Qui n’a lu, dans les histoires et les romans, les scènes du scalp, par lesquelles s’achevaient, au milieu des hurlements infernaux, les batailles au tomahawk? Le récit suivant de Mgr Laflèche, sur la méchanceté dont il trouva capables des femmes, en 1855, fait songer à ce qu’il en dut être des guerriers vainqueurs: