Grasses, corpulentes, proprettes, les femmes ont un teint plus blanc, des joues plus colorées et des traits plus délicats que leurs maris. Leur lèvre supérieure est généralement retroussée, comme on la représente chez les femmes cosaques et tartares; mais l’inférieure avance en faisant une lippe peu digne. Leur nez est ordinairement court, leur front élevé; leurs yeux sont pétillants et moins bridés que ceux des hommes. Elles aiment à relever leur chevelure au sommet de la tête, comme les Chinoises et les Japonaises...

La taille des Esquimaux est plutôt au-dessus qu’au-dessous de la moyenne. Il est parmi eux des hommes fort grands; mais la taille des femmes est généralement petite... Ils sont bien proportionnés, larges des épaules, légers dans les exercices gymnastiques, excellents danseurs et mimiques parfaits...

Les qualités naturelles et les vertus humaines ne manquent pas aux Esquimaux. Leur hospitalité, démonstrative à l’orientale, d’autant plus démonstrative qu’ils nourriront contre leur hôte plus de desseins perfides, semble ordinairement sincère. L’étranger devient comme le maître de leur logis. Cette courtoisie avait frappé le Père Le Roux, qui écrivait, trois mois avant de tomber sous leurs coups:

J’ai été reçu chez les Esquimaux, comme la première fois, avec des manifestations de joie. Tout le temps que j’ai passé avec eux, je fus traité en hôte de marque. Il n’y avait qu’une tente au camp. On m’y donna la plus belle place, et je pouvais, pour ainsi dire, en disposer en maître absolu. Son propriétaire me demandait la permission d’y entrer. Aux repas les meilleurs morceaux m’étaient toujours réservés...

Le Père Rouvière rapporte maintes fois, avec complaisance, les procédés de «bon cœur» dont il est l’objet, et il en conclut que leur conversion n’offrira pas de grandes difficultés:

Tous me semblent assez bien disposés, disait-il. Il y aura parmi eux quelques têtes dures; mais je ne pense pas que ce soit la majorité. Ils ont trop bon cœur pour résister à la grâce.

Dominant et gouvernant froidement le cœur, une qualité esquimaude apparaît, évidente: la volonté. C’est le point d’honneur de la race qu’un homme ne se laisse jamais aller à la faiblesse dans la décision et dans l’exécution de son dessein. Il demeurera stoïque dans les contretemps; et le calme de son attitude saura donner le change, s’il le faut, sur les émotions de son âme. Comptant sur cette énergie, tous les missionnaires qui se sont occupés d’eux, depuis le Père Petitot jusqu’au Père Turquetil, ont émis le même pronostic:

Grâce à leur ténacité native, a dit ce dernier, ils seront aussi enracinés un jour dans le bien qu’ils sont obstinés jusqu’à présent dans le paganisme.

Les Esquimaux ne semblent pas moins bien doués au point de vue intellectuel. Avides de s’instruire, ils écoutent attentivement, saisissent rapidement et retiennent fidèlement. Certaine tendance à la gauloiserie ne leur fait même pas défaut. Ils sont toujours gais, quoiqu’il arrive, et, pour un bon mot, rient à gorge déployée.

D’ailleurs, l’industrieuse habileté dont ils font preuve dans leur lutte incessante contre les éléments et dans la conquête des moyens de subsistance ne met-elle pas brillamment en lumière les ressources de leur esprit?