Et ils emploient, à frapper leur victime, la froide adresse apprise dans les longues heures d’affût et de ruse, au bout desquelles ils parviennent à harponner le morse farouche. Ils savent attendre et patienter. Le moment venu, ils portent le coup fatal, dans le dos toujours.
Livingstone, officier de la Baie d’Hudson, venu pour établir des relations commerciales avec eux, fut acculé par leur perfidie sur un îlot du delta du Mackenzie, où son escorte fut exterminée. Franklin, Richardson, Puller et Hooper se dirent menacés du même sort, dans les mêmes parages, et ne durent leur salut qu’à leur nombre et à la terreur qu’inspirèrent les détonations de leurs armes à feu. En 1912, Street et Radford tombaient sous les poignards esquimaux, à l’est du golfe du Couronnement. Et combien d’autres explorateurs, dont ni les corps, ni les vaisseaux ne furent jamais retrouvés, ont été leurs victimes!
L’orgueil, le vol, le mensonge, le goût de l’homicide, ajoutons l’immoralité, ne seraient cependant pas les plus grands obstacles à l’évangélisation des sauvages riverains de la mer Glaciale. La barrière jusqu’ici infranchissable a été la superstition, avec la sorcellerie.
Le Père Frapsauce résume ainsi, en le complétant, ce qu’en bien et en mal nous venons de dire des Esquimaux:
Ce sont des gens d’un naturel très gai. Pas un qui soit triste ou sombre. Pour réussir avec eux, il faut toujours être de joyeuse humeur. Quelqu’un qui parlerait couramment leur langue et aurait le mot pour rire serait, je crois, en sécurité au milieu d’eux. Ils sont infatigables au travail et très intelligents. On ne peut les appeler, comme on le fait de nos autres Indiens, de grands enfants. Ils n’en ont ni la niaiserie, ni la vantardise. Tandis que les Dénés ne se lasseraient pas de vous faire admirer leurs ouvrages, quelquefois bien beaux, je le veux bien, les Esquimaux seront les premiers à trouver des défauts dans leurs chefs-d’œuvre et à vous les faire remarquer, déterminés à mieux faire.
Quoiqu’il me déplaise de médire de ces braves gens,—car, il y en a de bons, de très bons,—puisque l’on veut que j’exprime toutes mes impressions, allons-y.
Leurs mœurs sont déplorables. Ils ne changent pas facilement de femmes; mais, entre amis, ils se les prêtent couramment. Il n’est inconvenances qu’ils ne se permettent. Enfin, sauf quelques rares exceptions, ils sont menteurs et voleurs. Ils abandonnent facilement leurs enfants, nés durant l’été. Il y a trois ans (1916), j’ai failli être tué par Anantclick, l’ami de Sinnisiak, l’un des meurtriers de nos missionnaires. Je m’en doutais alors. Je l’ai su positivement ensuite. L’inspecteur French, de la gendarmerie, se vit à un doigt de la mort également, il y a deux ans. Bref, l’immoralité et le vol sont, je pense, les vices principaux, et le meurtre n’en est qu’une conséquence...