La mission de Notre-Dame de la Délivrande était fondée.

Les deux inoubliables événements de cette jeune mission ont été un grand deuil et une grande joie.

Le deuil fut la mort du Père Le Blanc, en 1916. Quatre années de solitude, de souffrances de toutes sortes, l’avaient débilité au point qu’il fut nécessaire de lui procurer le repos. Il succomba pendant la traversée de la baie d’Hudson, le 21 septembre, offrant sa vie à Dieu pour la conversion de ses chers infidèles.

La joie de la mission de Notre-Dame de la Délivrande fut le baptême, le 2 juillet 1917, de douze Esquimaux bien instruits, dûment éprouvés, maintenant fervents chrétiens, et que n’arrivent pas à troubler les incessantes moqueries de leurs congénères païens. C’était le premier fruit de cinq années d’un travail sans trêve.

Le quatrième champ de l’apostolat esquimau fut confié en 1911, par Mgr Breynat, aux Pères Rouvière et Le Roux.

Etendu sur les confins de l’océan Glacial, il comprend le bassin du fleuve Coppermine, le golfe du Couronnement—Coronation Gulf—avec ses archipels, du cap Bexley à la presqu’île de Kent, et la grande île Victoria.

Le CoppermineMine de cuivre—, fleuve profondément encaissé, souvent torrentueux et d’un énorme débit, tombe obliquement, à 8 kilomètres du golfe du Couronnement, son embouchure, dans une longue crevasse, qui reçut en 1771, du premier explorateur, Samuel Hearne, le nom de Bloody FallChute du Sang[76]. Ce fleuve prend sa source et accomplit tout son parcours dans le Barren Land.

Le Barren Land—la Terre Stérile—, nous l’avons déjà dit, semblable à la toundra de Russie, est une vaste région bordant la mer Glaciale, et plongeant très avant dans le continent. Une ligne tirée du milieu du delta du Mackenzie à l’embouchure du fleuve Churchill, et un peu arquée vers le sud, la circonscrirait assez exactement. Rocailleuse, ondulée, montagneuse parfois, elle sertit dans ses vallons d’innombrables petits lacs. L’aridité éternelle s’est établie sur ce rendez-vous des tempêtes polaires. Le Coppermine garde sa rive ouest boisée jusqu’à 35 kilomètres de la mer, il est vrai, mais ses parages n’accordent la vie qu’à de misérables petits sapins, blottis à l’abri des rochers. Durant le court été, certains abords du Barren occidental, que l’on a comparé aux landes de Bretagne ou aux moors d’Irlande, se chamarrent de fleurettes et s’animent des chansons d’une multitude de petits oiseaux migrateurs. Cette transition parfumée et mélodieuse de la vie à la mort est refusée au Barren de l’est. Plus la toundra s’élargit vers la baie d’Hudson, plus elle se marque du brusque stigmate de l’infécondité: le même lac, le même cours d’eau verront leur rive sud plantureusement couverte, et leur rive nord tout à fait dénudée; dans la plaine, un sillon de charrue ne séparerait pas plus nettement la végétation de la désolation: par delà le sillon, il n’y a plus que le roc, la terre gelée, l’abondance du lichen et des mousses spongieuses, nourriture du renne et de l’ovibos.