On assure que les couches granitiques de la Terre Stérile recèlent des gisements de métaux précieux. Dans le bassin du Coppermine, le cuivre natif se trouve à fleur de sol, soit en paillettes légères, soit en blocs massifs: les Esquimaux lui donnent, en le martelant, toutes les formes utiles.
Les abords du Coppermine, les archipels du golfe du Couronnement et l’île Victoria constituent le domaine de plusieurs tribus, qui reçurent, en 1910, de l’explorateur Stéphanson, le nom de Copper Group—Groupe de Cuivre.—Leur vie s’écoule à la chasse de la baleine dans les eaux marines, du morse et du phoque sur le littoral, et du gibier qui peuple la Terre Stérile: troupeaux de rennes, renards de toutes couleurs, ours noirs, gris ou blancs, loups, ovibos (bœufs musqués), etc...
Au printemps de 1911, Mgr Breynat, ayant appris que deux centaines de ces Esquimaux devaient visiter les Indiens Peaux-de-Lièvres et Plats-Côtés-de-Chiens du Grand Lac de l’Ours[77], décida de mettre aussitôt à exécution le projet d’évangélisation qu’il avait tant à cœur.
Son choix se porta sur le Père Jean-Baptiste Rouvière, enfant du diocèse de Mende, âgé de 30 ans, et doué de toutes les qualités dont Dieu se plaît à munir ses grands ouvriers apostoliques. Un séjour de quatre années consécutives à la mission de Good-Hope avait rompu à la vie de l’Extrême-Nord ce Cévenol ardent et robuste. La connaissance approfondie qu’il y avait acquise de la langue Peau-de-Lièvre devait l’aider à lui faire trouver, parmi les sauvages du Grand Lac de l’Ours, des interprètes pour ses premiers rapports avec les Esquimaux.
Il partit joyeusement, le 5 juillet 1911, remonta le Mackenzie depuis le fort Good-Hope jusqu’au fort Norman, s’engagea, avec sa chapelle, quelques outils et des provisions de bouche, dans la rivière de l’Ours, et atteignit le Grand Lac de l’Ours dont elle est le déversoir. Traversant ensuite les 250 kilomètres du lac, il aborda sur la rive nord, au fond de la baie Dease.
Hélas! les Esquimaux avaient déjà levé leur camp, pour s’acheminer vers leurs quartiers d’hiver, sur l’océan Arctique. Mais, loin de se laisser abattre, le Père Rouvière poursuivit sa route sur leurs traces.
Il lui fallait remonter l’affreusement sinueuse et rapide rivière Dease, traînant son canot et marchant dans l’eau, la moitié du trajet. Lorsque l’esquif refusa d’escalader les cascades de plus en plus menaçantes, il l’abandonna et continua à pied sa marche intrépide...