[29] Mgr Faraud était naturellement éloquent, d’organe puissant et de gesticulation abondante. Mais, en véritable orateur, il savait se faire aux blancs et aux sauvages, tour à tour. Pierre Beaulieu rappelle son éloquence indienne: «—Ben oui, j’ te dis ça prêchait, ça, Mgr Père Faraud. Il chantait ben mal; mais il prêchait ben bien! Il criait, pareil comme une grue blanche; et puis, il levait sa chaise en l’air, et il frappait avec sur le plancher, et il suait! Ah, ben oui, ça l’aimait donc, les savages, Monseigneur Père Faraud!»
[30] Le diocèse de Cambrai-Lille ne s’est point contenté de ses aumônes; il a donné aux Missionnaires Oblats de Marie Immaculée plusieurs de ses enfants, parmi lesquels Monseigneur Louis d’Herbomez, premier vicaire apostolique de la Colombie Britannique.
[31] Presque tous ces détails sur la vie de Mgr Faraud à Saint-Boniface et sur son trépas nous furent donnés par feu M. l’abbé Messier. Ce bon prêtre, pieux et instruit, directeur d’âmes très éclairé, ajoutait: «Je tiens pour certain que Mgr Faraud a emporté au Ciel l’innocence de son baptême.» Et cela nous rappelait une parole de l’évêque, rencontrée dans l’une de ses lettres à son supérieur général: «Je suis ainsi fait que je ne crains rien que le péché.»
[32] La mission montagnaise-crise de l’Ile à la Crosse, berceau des quatre évêques, ne fit jamais partie du vicariat d’Athabaska-Mackenzie proprement dit. C’est pourquoi il ne pouvait entrer dans notre plan de mener son histoire au delà des années qui précédèrent la division du diocèse de Saint-Boniface, l’unique, jusque-là, du Nord-Ouest et de l’Extrême-Nord.
En 1869, l’Ile à la Crosse passa au diocèse de Saint-Albert; en 1890, à celui de Prince-Albert; en 1910, au vicariat apostolique du Keewatin.
C’est à regret que nous disons adieu à cette mission qui fut toujours, avec ses dépendances, la chrétienté modèle du Nord. Aussi de quels missionnaires a-t-elle été la fille, jusqu’à l’heure présente!
Mgr Taché ne vivait heureux que de son souvenir.
En 1888, Mgr Grandin rendait ce compte de sa dernière visite au «berceau apostolique»: «Je puis affirmer que quand même la Congrégation des Oblats, dans notre immense territoire du Nord-Ouest, n’aurait fait autre chose que de fonder cette mission, et de christianiser ceux qui la fréquentent, elle aurait déjà fait et assuré un très grand bien. Il y a un peu plus de quarante ans, il n’y avait pas ici de chrétiens, et les premiers Oblats venus à l’Ile à la Crosse durent semer dans les larmes et dans la pauvreté; maintenant la mission compte plus de 700 chrétiens; la mission du Portage la Loche, qui en dépend, en compte plus de 200; et celle de Saint-Raphaël, près de 300. Je doute que, dans les meilleures paroisses de France, les fidèles donnent plus de consolations à leurs curés que nos chrétiens à leurs missionnaires.»
Mgr Pascal, évêque de Prince-Albert, appelait l’Ile à la Crosse «la perle de son vicariat».
A l’Ile à la Crosse, enfin, Mgr Charlebois, vicaire apostolique du Keewatin, et dernier héritier de la perle du Nord, recueille aujourd’hui les meilleures de ses joies.