[51] Traditions Indiennes du Canada Nord-Ouest, Emile Petitot, 1888.
[52] Le fort Rae (prononcer Rè), qui remplace l’ex-fort Providence, de la Compagnie du Nord-Ouest, doit son nom au Dr Rae, facteur en chef de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Il le fonda, en allant à la recherche de sir John Franklin.
Le comptoir du fort Rae fournissait de huit à dix mille rennes, en viande fraîche, séchée et fumée, pilée, en pemmican et en langues: le tout destiné à la nourriture des équipages qui allaient au Portage La Loche, avec les fourrures du Nord.
[53] Le Père Roure aurait pu écrire une galerie de chapitres fort curieux, sur les singuliers savants et Nemrods qu’il vit défiler, au fort Rae, et qu’il aida souvent de plus que de ses conseils, en dépit de leur assurance de tout connaître et de tout savoir.
Il secourut ainsi un riche Englishman, septuagénaire, dont la manie était de chercher une misère de ce monde qui pût l’abattre. Il avait parcouru tous les continents et tous les climats. Il s’était mesuré, dans la jungle, avec les panthères, jaguars, crocodiles et lions. Mais il lui manquait d’avoir été dompté lui-même par les éléments ou par les fauves. D’où il doutait encore que la misère invincible, pour un vrai fils d’Albion, se trouvât sur notre globe. C’est pourquoi, en 1885, il arriva au fort Rae, décidé à affronter le Barren Land, où il comptait livrer combat au féroce bœuf-musqué, et poursuivre sa course aussi loin qu’il se pourrait. L’on saurait bien qui, de lui ou de l’hiver polaire, serait le vaincu. Il se mit à la vie sauvage, et y perdit bientôt le nez par 50 degrés de froid. C’est alors que le Père Roure le guérit. Il poursuivit ses tentatives; mais il n’eut pas à se rendre jusqu’à la Terre Stérile, encore moins à capturer son ovibos, pour atteindre son rêve. En deux jours de marche à la raquette dans l’abri des bois, il se gela si bien et vit ses provisions disparaître si vite, de par les soins de ses guides, qu’il se dit:
«—C’est bon de connaître la misère (hardship); mais mourir de faim et de froid, c’est autre chose.»
Sur cette réflexion, il vira de bord, prit congé du Père Roure et du Nord, et retourna mourir, heureux enfin, dans son foyer d’Angleterre.
[54] Explorations in the far North, by F. Russell, Cambridge, Mass.
[55] Mgr Grandin consigna ainsi, sur le registre des baptêmes, l’heureux événement:
Le premier novembre 1862, nous, soussigné, avons eu la consolation de bénir et de dédier à la divine Providence, en présence du R. P. Petitot, m. O. M. I., et du F. Boisramé O. M. I. et d’un bon nombre de sauvages réunis, une petite chapelle en bois attenant à la maison qu’habitent les missionnaires. Daigne le Divin Sauveur qui va maintenant partager leur pauvreté les consoler et les fortifier dans les nombreuses épreuves qu’ils ont encore à supporter. Depuis quatre mois qu’ils sont ici, ils ont dû sans exception travailler de leurs mains, du matin au soir, souffrant avec cela de la chaleur, des moustiques, d’une nourriture peu substantielle, et, plus tard, des pluies d’automne et des premiers froids de l’hiver. Aujourd’hui ils n’ont cessé de souffrir; mais leurs souffrances auront un adoucissement dans la présence de Jésus-Christ qui veut bien habiter en personne sous leur pauvre toit.