Mgr Grouard décrit l’attelage:

«Se figure-t-on ce que sont nos traîneaux? On pourrait croire qu’ils ressemblent à ces véhicules montés sur de légers patins dont l’usage est commun dans les villes et les campagnes des pays civilisés, où l’hiver et la neige durent assez longtemps pour nécessiter leur emploi. Cependant la différence entre ces traîneaux et les nôtres est considérable.

«Prenez trois planchettes de bouleau larges de trois pouces et demi et longues de dix pieds; joignez-les ensemble par des barres transversales attachées solidement avec de minces cordes de peau appelées babiches; relevez-les, à la tête, en forme de volute, que vous maintenez en place à l’aide de bons liens (on donne à cette volute le nom de chaperon).

«A fleur du sol, de chaque côté, sont les tires, deux anneaux de cuir où l’on accroche les traits des chiens. Ces derniers ont des harnais proportionnés à leur taille, un collier rond, juste assez grand pour y laisser passer leur tête, et qui vient s’appuyer sur leurs épaules. Deux longues et fortes bandes de cuir partent de ce collier et vont se joindre au harnais suivant: ce sont les traits qui s’appliquent sur les flancs des chiens. De courtes dossières, en peau souple, les maintiennent à cette hauteur. C’est cette partie du harnais qui se prête le plus à l’ornementation. Aussi presque toujours on y voit des tapis brodés, chargés de grelots. Les colliers reçoivent quelquefois de petites sonnettes et des pompons enrubannés. Bref, on apporte autant de soin à orner nos pauvres chiens qu’on le fait ailleurs pour les chevaux.

«L’attelage ne se met pas de front, mais de file, sur une ligne assez longue. Le conducteur n’a pas besoin de rênes, qui, d’ailleurs, empêtreraient horriblement ses petits coursiers. On leur apprend à obéir à la parole: hue et dia pour aller à droite et à gauche, ho pour l’arrêt, marche pour le départ ou pour exciter les paresseux[6]. Souvent, pourtant, il faut jouer du fouet, car il est difficile que des chiens soient toujours aussi dociles et aussi courageux que l’exigent leurs maîtres.

«Voilà donc comment se compose un attelage dans ce pays. Vous placez vos chiens dans leur harnais, à la queue l’un de l’autre, et vous attachez les derniers traits aux tires du traîneau. Celui-ci repose à plat sur la neige, et glisse sur toute sa surface. On y met des charges plus ou moins pesantes, retenues par des enveloppes de peau ou de toile, que de fortes lanières de cuir enlacent de nombreux replis.

«Le poids ordinaire du chargement est de 400 livres pour quatre chiens; seulement l’état des chemins doit être pris en considération...»

Ces derniers mots: l’état des chemins doit être pris en considération en rappellent plus long qu’on n’en pourra jamais écrire à ceux qui eurent à se risquer eux-mêmes, avec leurs traîneaux et leurs chiens, dans l’inconnu des chemins, gardés par l’hiver arctique!...

Les meilleurs chemins du Nord sont les sentiers étroits et tortueux, tracés par les sauvages, ou par les rennes, à travers les bois. Ils mesurent la largeur du traîneau; ou plutôt c’est le traîneau qui s’accommode à leur largeur. La course ira bien sur les sentiers fréquemment battus. Mais, loin des forts-de-traite, où ne circulent que de rares chasseurs, la neige a vite fait de tout remblayer, «et, écrit Mgr Charlebois, vicaire apostolique du Keewatin, comme on ne trouve plus aucun indice extérieur, il faut marcher en sondant la neige, de manière à découvrir, au fond, l’endroit durci par le passage des traîneaux. C’est une tâche difficile et qui demande beaucoup d’habileté.»

Le voyageur doit souvent créer lui-même son sentier, en abattant les arbres, en trouant les taillis, en coupant des troncs couchés sur son passage.