D’abord, nullement du pays lui-même, presque inexploité encore. Ses forêts, son pétrole, sa houille, son goudron, son cuivre, son argent, son or seront mis en valeur... Mais dans combien d’années?

Quelques indigènes avoisinant la mission commencent à entrevoir que le missionnaire a le droit de compter sur eux. Ils lui portent certains secours. Mais dans tout le passé, dont nous écrivons l’histoire, l’Indien du Nord «travaillant pour le Père», n’a manifesté qu’une âpre exigence à se faire payer, nourrir et habiller, ainsi que sa famille entière, tant que durait son ouvrage.

Etait-ce inintelligence, ou dureté sauvage? Non. Il se trouve en Colombie Britannique trois grandes tribus de la même nation dénée, que Mgr Durieu, «ce missionnaire des missionnaires», est parvenu à instruire du devoir chrétien de soutenir le ministre de l’Autel, et qui donnent de bonne grâce, aussi généreusement que les meilleurs fidèles de race blanche. Les Dénés qui fréquentent l’Ile à la Crosse, mission voisine de l’Athabaska-Mackenzie, sont pareillement dévoués au soutien de leurs pasteurs.

Les fondateurs des missions de l’Extrême-Nord ne jugèrent pas opportun de prêcher à leurs néophytes la doctrine du support du prêtre.

La manie de mendier, que trouvèrent d’ailleurs les missionnaires parmi les sauvages, ne suffisait-elle pas à les décourager dans l’entreprise de faire appel à leur libéralité? Certaines tribus triomphent dans ce métier de quêteurs:

«—Un Montagnais peut vous demander jusqu’à votre dernière chemise, avait-on dit au Père Taché, lorsqu’il partit pour sa première mission.» «Et, en effet, écrit-il, à peine installé parmi ses Indiens, l’un d’eux m’aborde un jour, et me dit:

«—Donne-moi une chemise.

«Je m’en excusai sur ma pauvreté. Il insista; puis, cherchant du doigt le collet de ma chemise:

«—En voici une, dit-il, qui est presque nette, et tu dois en avoir une pour la remplacer quand elle sera sale. Donne-moi donc celle que tu as sur toi.»

Quelque extravagante que soit la demande du sauvage, si le Père n’y fait droit aussitôt, il peut être assuré de devenir le point de mire de tous les quolibets d’avarice, de mesquinerie, que la riche langue indienne pourra inventer.