Dada, comment peux-tu en ce monde continuer à écrire de tels vers, en restant blotti dans ta tanière ?

DADA. — C’est que, voyez-vous, je ne cultive pas la poésie comme un jardinier cultive ses fleurs. Mes poèmes contiennent en eux leur substance et leur poids.

En effet, ils s’accrochent à la terre comme des potirons.

DADA. — Eh bien ! Alors, écoutez-moi.

Oh ! C’est terrible ! Voilà Dada emballé sur ses quatrains.

Oh ! là là ! Les quatrains sont lâchés en liberté. Pas moyen de les retenir.

A tous les passants crions que les quatrains de Dada sont devenus fous furieux.

CHANDRA. — Dada, ne t’occupe pas de leur folie, continue ta lecture. Si personne d’autre ne peut l’endurer sans mourir d’ennui, moi Je le pourrai. Je ne suis pas un lâche comme ces garnements.

LES JEUNES GENS. — Eh bien ! Viens, Dada. Nous ne voulons pas être lâches. Nous resterons assis, nous ne bougerons pas d’une ligne : nous écouterons. Nous recevrons de face et non de dos le coup de lance de tes quatrains. Mais, par pitié, Dada, ne nous en donne qu’un, pas plus.

DADA. — Soit. A présent, écoutez : « Si les bambous ne servaient qu’à fabriquer les flûtes, ils se flétriraient et mourraient de honte. Ils lèvent leur tête haut dans le ciel parce qu’ils sont utiles de bien des manières. »