DADA. — Je vis dans la rue un des officiers du Roi, qui traînait un marchand. Le Roi avait faussement accusé celui-ci pour avoir son argent, ceci me donna une inspiration. Vous savez que je n’écris jamais une seule ligne qui ne soit inspirée par un fait d’actualité. Vous trouveriez le modèle de mes vers dans les rues et sur les marchés.
LE PASSEUR. — Je vous en prie, Seigneur, faites-nous entendre ce que vous avez écrit.
DADA. — La canne à sucre qui s’emplit de son jus est mâchée et sucée par tous les vagabonds.
O folie humaine prends une leçon de ceci :
Les arbres qui portent des fruits sont respectés.
Vous comprenez que la canne à sucre a des ennuis simplement parce qu’elle cherche à garder son jus. Mais personne n’est assez fou pour abattre l’arbre qui librement donne des fruits.
LE VEILLEUR. — Quelle belle pensée, n’est-il pas vrai, Passeur ?
LE PASSEUR. — Oui, Veilleur, il y a là une grande leçon pour nous.
LE VEILLEUR. — Une nourriture pour mon esprit. Si seulement notre voisin le scribe était ici ! Je voudrais lui faire écrire tout ceci.
Envoyez donc dire aux gens d’alentour de s’assembler sur la Place.