Il bondit, debout, ébloui de ses audacieuses coquetteries.

—Madame, c'est un crime de vous aimer, puisque votre mari me donne du pain! Madame...

—Eh! tais-toi donc, Paul, répondit-elle en glissant autour de ses robustes épaules ses bras nerveux, félinement tordus, tu vas faire accourir Tulotte. D'abord, je n'aime pas mon mari, je ne l'ai jamais aimé, il m'a offensée à Bade en me traitant de courtisane. Oui! cet homme a osé, parce que je lui réclamais de l'argent qui est le mien! Je ne lui pardonnerai pas, je ne pardonne pas, moi. Je me suis souvenu de tes yeux, je savais que tu m'aimais, car tu es devenu amoureux le soir de la robe verte, hein?... Je suis arrivée pour te voir ... je ne veux pas te chasser ... tu es si drôle avec ton beau sang toujours prêt à jaillir et qui est d'un si beau rouge!

—Vous m'aimeriez, vous? demanda-t-il d'un ton rauque, et je peux espérer?...

Elle lui ferma la bouche.

—Tu te trompes, il ne faut rien espérer du tout.

Il ne comprenait plus. Il voulut réagir bravement, comme un honnête garçon qui doit lutter pour l'honneur d'un bienfaiteur.

—Écoutez, Mary, ce sont les roses, la fatigue du voyage... Moi, je suis un pauvre ignorant des grandes dames et je n'ai pas bien parlé... Nous oublierons cela!... Vous êtes en colère, votre mari vous a brutalisée, vous cherchez une vengeance ... je devine, il vous aura fait une scène pour le jeu!... Mon Dieu! que je souffre!... Mais ... je me rappelle ce qu'il a eu de bonté vis-à-vis de moi, un abandonné... Je ne peux pas aimer sa femme, je serais la pire des canailles. Ah! c'est impossible! je vous aime ... je t'aime... Ah! que tu es belle!

Et, oubliant ce qu'il avait eu l'idée généreuse de lui dire, il la pressa sur sa poitrine, haletant, couvrant ses cheveux de baisers éperdus.

—Laisse-moi, fit-elle riant toujours, nous sommes des enfants, et les hommes auraient le droit de nous gronder, s'ils nous surprenaient... Adieu ... je me sauve..