Elle le comparait au bel enfant blond, sa conquête de la journée.
—Encore, dit-elle d'un ton plus railleur, si vous pouviez être votre fils!
Louis de Caumont se dressa, le sourcil froncé.
—Vous me feriez regretter l'aveu du testament! murmura-t-il.
A partir de ce retour, Mary redoubla ses rigueurs et ses caprices. Entre son oncle tout chevrotant et son mari tout aveugle, elle agaçait de ses signes d'intelligence l'étudiant qui, la mine sombre, tâchait de se dissimuler au bas bout de la table. Elle ne voulait pas aller à la Caillotte et leur disait qu'elle était reprise d'une folie scientifique. De fait, elle restait des jours sur un livre barbare, expliquant en camarade des choses absolument monotones, et dès que le professeur leur laissait une seconde de liberté, ils se rapprochaient, au-dessus des analyses chimiques pour se tendre leurs lèvres.
—Tu es bonne quand même! soupirait Paul Richard alangui par son regard magnétique.
—C'est si charmant de le tromper sans te permettre d'aller plus loin!
Elle savourait ces voluptés comme les chattes savourent le lait, la paupière mi-close et la griffe en arrêt, heureuse mais n'attendant qu'un prétexte pour lancer l'égratignure. Lui songeait souvent qu'elle finirait par user sa cruauté à ces jeux-là. Il espérait une faiblesse, un cri, une larme de pitié, alors il se saoûlerait de la victoire pour oublier remords et martyre. Oh! il l'aimerait tant en une seule nuit d'abandon qu'elle comprendrait enfin que le plaisir c'est d'être doucement naïf, non de torturer une pauvre chair innocente.
—Richard, lui dit une fois le docteur Barbe, vous êtes pâle depuis un mois, je vous trouve l'aspect fiévreux, les pupilles dilatées. Vous travaillez trop, mon garçon.
Et, ce disant, le professeur offrit une petite enveloppe blanche à son élève, elle contenait cinquante francs. Paul hocha la tête: