—Je souffre bien! bégaya-t-il, essayant de toucher au moins sa robe, mais elle se dégagea, laissa retomber le rideau. Elle prit une tasse de lait, la sucra en y ajoutant quelques gouttes d'un flacon d'or et une poudre. A ce moment même, Paul pénétrait dans leur chambre rose; il en fit le tour d'un regard rapide et, n'apercevant point sa maîtresse, il alla droit à l'appartement de son père. Il ouvrit la porte avec précaution. Mary, distraite de l'œuvre qu'elle accomplissait, se redressa: elle fut effrayée par les prunelles de braise du jeune homme; il tremblait de tous ses membres, et pourtant une résolution solennelle se lisait sur sa figure bouleversée.

—Mary, dit-il à voix basse, donnez-moi ce lait, je meurs de soif et mon père n'en a pas besoin!

Elle tressaillit: il finissait donc par comprendre.

—Tu es fou! ton père ne dort pas! Et elle mit impérieusement son index sur sa bouche.

—Ce lait! accentua plus fort l'étudiant, je le veux!

—Pauvre ami! pas de drame, je n'ai guère le temps de t'écouter.

Elle s'avança sur le seuil. Le baron entendit du bruit.

—Mignonne! chevrota-t-il, ne t'éloigne pas, je me meurs sans toi!

—Tout de suite, Louis, c'est le médecin qui arrive, tu es beaucoup mieux! répondit-elle.

Paul Richard s'empara de la tasse et voulut la porter à ses lèvres. Alors, elle la lui arracha et la lança par la croisée ouverte.