Au bout du sentier, Mary s'arrêta devant un trou de haie; une planche jetée sur le fossé permettait de passer par le trou, et l'on sautait chez un horticulteur, M. Brifaut, un brave homme, espèce de philosophe qui, retiré du monde, greffait des rosiers pour en obtenir des produits miraculeux.
Son jardin, la véritable vallée des roses, s'entourait d'une triple haie de sureau formant un mur, et des treillages de fil de fer soigneusement peints en vert attrapaient les voleurs quand ils s'aventuraient. M. Brifaut ne voulait point mettre ses roses dans une prison, il avait horreur des tessons de bouteilles et il lui semblait que l'air ne jouait jamais assez librement autour de ses plantations.
Mary, une fois dans le jardin, appela Castor; le chien, sachant qu'il lui fallait être respectueux, se coucha près du trou, attendant le bon plaisir de sa maîtresse. Presque aussitôt un garçonnet de douze ans, habillé de toile bise, à la diable, un vieux paillasson de chapeau sur la tête, vint au-devant de Mary.
—Mademoiselle, cria-t-il avec une joie qui lui sortait de ses beaux yeux, je crois que notre Émotion est sur le point de faire des siennes!...
Mary, soudain enthousiasmée, lui mit ses bras autour des épaules et l'embrassa.
—Je t'apporte des brioches, du sucre d'orge, une bille de verre bleu, oh! tu vas rire, tiens!...
Et elle tira de ses poches les objets annoncés.
—Mon petit Siroco!... es-tu content? demanda-t-elle en se pendant à son cou avec un frisson de chatte heureuse.
Siroco était si content qu'il fit une grimace étonnante, se bouleversant le visage comme le savent faire les clowns.
Mary éclata d'un rire fou. On aurait dit qu'en mettant les pieds dans ce jardin, tout devenait pour elle sujet de gaieté; elle qui ne riait presque jamais riait aux éclats.