—Eh bien! il y a fête au hameau de Sainte-Colombe, de l'autre côté de Vienne, il faut passer le Rhône et on s'amuse joliment!
—Mais!...
—Ton papa ne saura rien, puisque les bonnes sont à la procession et ta tante Tulotte lit ses livres sur la galerie. Elle croira que tu es ici, voilà tout...
—Nous irons!... Siroco. Pourvu que tu ne me laisses pas en route ... je marcherai.
—J'ai quarante-six sous d'économie dans le coin de mon traversin, et toi?
—Moi, j'ai vingt sous dans ma poche, j'irai chercher ma tirelire, si tu veux, car moi je ne dépense jamais mes sous.
—Non ... ça suffit ... nous sommes assez riches. Allons!
Chacun, ils cueillirent une rose. Siroco la mit à la boutonnière de sa veste. Mary l'attacha à son chapeau de paille brune et ils quittèrent le jardin d'un air délibéré.
Ils prirent le chemin de halage, le long du fleuve, pour gagner le bac qui passait les gens de Vienne à Sainte-Colombe, moyennant trois sous par personne. Quand on eut perdu de vue le chalet, Mary devint très brave, elle siffla son chien, jeta des bâtons dans l'eau, et Castor alla les chercher pour revenir ensuite se secouer sur la robe de sa maîtresse. Ils étaient faits comme de petits voleurs tous les trois: Mary avait un vieux jupon de soie noire que Tulotte lui mettait quand elle partait en récréation, car on ne savait jamais si elle ne grimperait pas aux arbres, des bottines de coutil blanc devenues grises de poussière; Siroco, les cheveux broussailleux, était encore tout mouillé; Castor, les poils crottés, ne représentait plus un épagneul d'une race quelconque; mais tous les trois, sous ces misères, conservaient la peau rose et parfumée de bonne santé.
Au bac, le passeur les regarda de travers.