On ne fonde pas tout un avenir sur la première venue.

Oui, mais c’est toujours la première venue qu’on aime quand on a besoin d’aimer.

Et puis se marier dans un an… valait mieux se marier aujourd’hui. J’avais ma paye dans mon gousset, le droit, le devoir même de faire la noce.

Eh bien, non, je ne ferai pas la noce. Quelque chose serre mon cœur et mon ventre. Je pleure, je n’en peux plus de pleurer.

— Il y a une chance, dans quinze jours, de la revoir, on s’expliquera, et nous nous accorderons pour de bon. Je vais me promener seul sur le bord de la mer, une autre fois nous serons deux… elle est si jeune !

J’en arrivai à l’excuser. Une tristesse infinie me montait à la gorge, comme toute une marée de larmes depuis très longtemps contenue.

Je n’aimais pas cette petite fille de Brest, plus que j’avais aimé les petites filles de Malte. J’aimais… l’Amour !

Malheur à ceux qui aiment l’Amour !

Car ils sont toujours trahis : les aimerait-on immensément, on ne les aimera jamais assez ! Ils trouvent toutes simples des choses trop compliquées comme, par exemple, la fidélité, la tendresse, la passion qui se consume à attendre une promise ou une catin, la passion qui s’augmente de sa propre usure, qui veut tout, et souvent ne veut plus rien, craignant d’en trop demander, qui n’ose plus aux clartés de la joie, tellement elle a osé dans l’ombre et le silence du tourment.

Les filles ? Non, j’étais mort aux filles.