… Et la lune, perle tombée, tête coupée, fière de l’absence de son corps, s’en allait, s’en allait pudiquement, chaste et lointaine, inaccessible, emportant le mystère d’une bouche muette qui, peut-être, n’existe pas…
… O tour d’amour, éteins-toi ! Voici l’aube !
X
Est-ce Pâques, est-ce Noël ? Les jours coulent, coulent, tous pareils, tombent dans la mer comme des gouttes d’eau, comme des larmes, comme le meilleur de mon sang.
Quand le Saint-Christophe arrive avec ses paniers de provisions, on lui fait signe que le second gardien ne sortira pas. Le second gardien aime son métier, il est plein de zèle, je pense qu’on lui devra un bel enterrement s’il meurt à la peine. Or, le second gardien… y s’en fout !
Il monte, il descend, il croise le vieux qui monte ou descend, et le vieux chantonne. Jean Maleux chantonne aussi, par esprit de singe.
On mange, on boit, le phare s’allume, le phare s’éteint.
Mon Dieu, est-ce Pâques, est-ce Noël ? j’entends sonner des cloches.
Des habitudes me tyrannisent. C’est, après moi, des espèces de pies qui répètent toujours la même bêtise, me tirent par la manche pour me faire voir toujours le même point de l’horizon. Je trouve très simple de taillader la table avec mon couteau pendant que le vieux compte, à voix haute, les boîtes de sardines empilées des deux côtes de la cheminée.
Il me paraît fort naturel d’user le bouton de ma veste en le polissant sous mon ongle des heures et des heures, tellement qu’il est, maintenant, fendu en deux, ce bouton, et que mon ongle est mangé jusqu’à la racine. Je fais cela machinalement, sans oublier le moindre détail de mon métier, et je ne pense pas que je sois malade.