J’avais vu, oui, j’avais bien vu… derrière l’étroit miroir de verre, une autre tête que la mienne qui me regardait.

Je demeurai un instant collé contre la muraille, les cheveux droits d’épouvante, les paumes mouillées, me maintenant par miracle.

Je devais me tromper, rêver ! Ça ne pouvait être le possible.

Sous le grillage de fer, le cristal, intact, s’embuait. On eût dit qu’il y avait de l’eau à l’intérieur de cette fenêtre-là.

C’était comme les parois d’un aquarium où nagerait le monstre rare.

Mais on y voyait assez, tout de même, pour découvrir une longue chevelure éplorée, blonde, décolorée, presque blanche, entourant l’ovale d’un visage horriblement triste, un jeune visage de femme contemplant la mer de ses yeux pleins de larmes…

Comme le soleil frappait sur ces yeux, ils brillèrent…

J’eus un étourdissement, et je me laissai aller, lâchant tout.

Je me tirai de l’océan sans trop savoir de quelle façon. Je suis bon nageur. Seulement, dégringoler dans les courants d’Ar-Men, c’est dégringoler dans la mort. Je filai au fond, je touchai le roc, puis je remontai, ne pensant plus du tout, je vous jure, à la femme de là-haut. Je redevins un brave animal d’homme qui essaye de se sauver, et je me mis à nager ferme, tantôt dessus, tantôt dessous la vague, m’efforçant de tourner dans la giration naturelle du courant, n’espérant pas grand chose.

J’atteignis le bas de l’esplanade, et je fus roulé sur la pente, repris, relancé par l’eau qui jouait avec moi comme avec un bouchon.