La voix de femme le suivait. J’entendis un morceau de chanson à mener Satan au cimetière, et en me fourrant le petit doigt dans le tympan, histoire de me le déboucher, car sans doute je conservais un cauchemar, au fond, j’ajoutai :

— Y a donc du sexe ici ? La bonne farce. Si la marine s’en doutait… Présentez-moi à la patronne. Je refuse pas de lui causer un peu, vous savez.

Et je voulus rire.

Il se tourna, dodelinant sa sacrée tête de moribonde.

C’était lui qui chantait !

Je fus debout comme sous un coup de poing…

Oui, c’était le vieux Mathurin Barnabas, le gardien-chef du phare d’Ar-Men qui chantait avec une voix de femme. Je crois que la marine ne se doutait pas non plus de celle-là.

— Hein ? que je lui dis.

Je ne lui dis que ça, parce que, moi, je n’avais guère envie de chanter. Peut-être que sur terre ferme je me serais tenu le ventre de rigolade ; seulement, dans le haut d’une tour, où, déjà, sifflait le vent comme une autre plainte de damné, j’avais le cœur ailleurs.

Il chantait en dedans, serrant ses lèvres minces ainsi que le font les petits Jean-Marie, sonneurs de biniou, pour imiter le son final de leur instrument.