Allons, nous, faut travailler aussi.

Mes lampes sont propres, mes godets à huile se remplissent, le mécanisme fonctionne honnêtement. Il fait un temps assez solide, pas de danger que la vitrerie se démonte aujourd’hui. Je devrais être satisfait.

Et je ne sais pas pourquoi, je suis inquiet. Je bâille nerveusement. J’ai faim… il faut descendre.

Je rencontrai le vieux loup sur l’esplanade.

— Beau temps, l’ancien, que je lui dis de toute ma politesse.

Il bougonna, selon son habitude, levant sa main droite en pieuvre. Je fis le tour de notre domaine, m’accrochant aux crampons extérieurs et me fourrant dans tous les trous où on pouvait palper le roc. Je recevais des soufflets d’écume et des gifles de sel à en éternuer pendant une heure. Ça sentait la marée, le pourri, les entrailles de poissons et bien d’autres choses encore que je n’ose dire.

Je recueillis des moules, si grosses que j’en eus suffisamment d’une demi-douzaine pour mon déjeuner. Au moins c’était du fruit nouveau, plus appétissant que l’éternel hareng saur, mais comme je remontais pour en offrir à mon chef, désireux de lui prouver ma bonne volonté, ce matin-là, il fit un geste bizarre et détourna les yeux :

— De la poison ! gronda-t-il durement.

— Hein ? Du poison, des moules ? Quelle blague !

Le phare ne devait pas être construit sur des charpentes de cuivre, et dans les trous du roc il ne séjournait sans doute point de goëmons en décomposition, car l’eau n’en charriait guère à ces endroits tranquilles ?