Il mangea ma soupe goulûment, but un verre de son tafia, puis s’alla coucher, muet comme poisson.
Durant deux jours, il ne desserra pas les dents, faisant son service en horloge qui sonne l’heure, parce qu’elle est remontée, voilà tout.
Les morts ayant fini de nous rendre visite je m’organisai pour m’offrir un congé au prochain ravitaillement. Le remplaçant étant toujours prêt sur la dunette du Saint-Christophe, il débarquerait à son tour, pendu par le palan, et moi je filerais.
J’emportais des notes au sujet de la perte du navire anglais, un long mémoire de boîtes de conserves, des numéros de planches et le signalement d’un tas de noyés.
Je me sentis enfler d’orgueil à cause de ma mission quasi solennelle. Le malheur voulut que je me gâtai cette petite fête en jouant avec une lunette marine, là-haut, sur le chemin de ronde.
C’était la veille de mon départ. J’examinais curieusement les parages de la Baleine. Le temps était relativement clair, la houle moins dure et la pluie, balayée par un vent tiède, un vent de printemps, s’arrêtait pour laisser chauffer un peu les vagues.
Ça recommencerait, bien sûr, car le mauvais temps, c’est aussi une habitude dont le ciel ne se débarrasse guère, mais on respirait, cette minute-là.
Je mis ma lunette au point.
Quelque chose de blanc tachait le dos noirâtre de l’écueil.
Ce dos s’allongeait l’espace de plusieurs mètres, assez semblable à la quille d’un bateau retourné sens dessus dessous par l’ouragan, luisant, glissant, une vraie peau de phoque.