Un chrétien dans ces parages, lorsque le naufrage du Dermond-Nestle datait de neuf jours ?

— Hum ! je me dérange. Mon bonhomme, faut surveiller la chaudière. Elle bout décidément trop fort, et tant de solitude pour commencer ne te vaut rien.

En effet, on ne se figure pas la situation d’un naufragé vivant sur le dos de la Baleine ; il n’y resterait pas trois heures debout ni assis. Pour s’échouer là, il faut être réduit à l’état de pâte molle, de paquet de linge qui ne lutte plus contre sa destinée.

Je me penchai, seulement la pluie brouillait toute perspective. Les rayons des lampes se changeaient en vapeur jaune, et l’écueil immergeait à plus de deux cents mètres de chez nous.

La voix de la sorcière s’éloignait toujours.

— Il est bon pilote, ce vieux ! pensai-je, résigné à prendre mon parti de toutes ses extravagances.

Au fond, je lui reprochais de ne pas avoir lancé le canot le soir même de la catastrophe. Ça, c’eût été plus naturel.

Je veillai le reste de cette nuit lugubre, supposant que je ne reverrais jamais Mathurin Barnabas.

Le lendemain, au déjeuner, mon patron s’asseyait devant une soupe chaude que j’avais eu l’audace de préparer de ma propre autorité.

Il était revenu de sa promenade nocturne et point sans peine, à ce qu’on en pouvait croire ! Ah ! le pauvre vieux, quelle triste mine ! Il vous en faisait une lippe ! Sa tête enfoncée dans les épaules, ses yeux chassieux, ses joues couleur de cire, ses mains tremblantes, son air plus sale et plus sournois que de coutume, vous indiquaient bien qu’il n’avait pas réussi son sauvetage.