Il avait bien raison le camarade.
Une course en liberté, fouler de la terre ferme, voir de la verdure, renifler les parfums des jardins, rencontrer des hommes, peut-être des femmes. Nous sortîmes du cabaret.
— Jean le Maleux, que me dit le compagnon de route, je suis content de l’occasion… Je peux pas te suivre rapport à un dîner de famille, mais je te la serre bien sincèrement et… bon courage, puisque te voilà casé selon tes goûts.
On se la serra. J’osais pas demander où elle perchait, sa famille. Si l’idée lui était venue de m’inviter, j’aurais payé mon écot avec des fioles de dessert, une politesse en valant une autre, comme de juste, mais il n’y pensa seulement pas. J’étais à présent un Monsieur pour lui, le charbonnier.
Et on se sépara, le cœur gros.
Moi, je me mis à flâner, dépaysé complètement. Puis c’était dimanche, il y avait des enfants plein les rues. Les bras me tombaient le long du corps.
Je croyais tellement faire la fête, oublier cette galère et le vieux, surtout le vieux !
Je m’en allais mains ballantes, hors de la ville, vers la pointe du Minou. D’instinct je me dirigeais du côté d’un phare…
Je marchais le front bas, les yeux cuisants, regardant avec stupeur mes pieds qui foulaient de la terre. Cela seul me donnait du plaisir. Peu à peu ça devenait la campagne, des ravinements de falaises autour des forts couverts d’un gazon salé ; il y eut des arbres maigres, des guinguettes peintes en feuilles fausses, encore de l’herbe plus épaisse, plus vraie, quelques rochers, des vaches paissant, et par éclaircie, entre des collines s’abaissant, un horizon grisâtre d’un bleu d’acier : encore la mer.
J’arrivai pas loin du phare, devant une petite maison isolée. Il se mit à pleuvoir. A Brest, même en juin, il pleut toujours.